PICTURE
trois garçons inspirés, une vision écologique et un succès qui ne fait que commencer…
Par Corinne Tâche-Berther – Photo: Picture
L’origine de la marque vient d’une philosophie commune à celle de Patagonia, en adaptant cette vision d’avenir à un public jeune. En trois ans, la marque française Picture, largement inspirée par les problématiques écologiques, est déjà sur les lèvres de nombreux skieurs et snowboarders. Les trois fondateurs, Julien, Jérémy et Vincent, mus par une volonté sans failles et une philosophie “verte”, ont entamé la route du succès. Julien Durant nous a rendu visite dans nos bureaux de Crissier.
Depuis leur prime jeunesse, Jérémy, Vincent et Julien sont des amis passionnés de skate, de ski et de snowboard. A l’époque, leurs marques favorites étaient l’incontournable Burton, mais aussi Special Blend et Foursquare. Ensemble, avec quelques autres, ils formaient une équipe de copains baptisée Session 63. Par la suite, Jérémy a travaillé dans l’entreprise de son père en tant qu’architecte, Vincent avait tout juste son diplôme d’études secondaires en poche ; quant à Julien, après une expérience “marketing” sur le béton de Paris, chez Coca-Cola, et une année chez Schweppes et Orangina, son désir après 2 ans et demi était de revoir enfin la neige ! Il a alors décroché son téléphone et rappelé ses confrères…
La suite de l’histoire est connue, notamment si l’on a suivi de près ces derniers temps les pages Styles et Shooting Mode de 7sky. Jérémy dixit il y a trois ans : “Si nous créons une marque, alors il faut qu’elle soit entièrement écologique”, lui qui ne mange que bio et utilise de l’énergie solaire ou éolienne. La démarche écologique de la marque était donnée. Après avoir réfléchi à des dizaines de noms possibles, nos visionnaires ont finalement choisi Picture, en référence au film de snowboard Picture This, “avec un Romain de Marchi monstrueux”. Puis, ils se sont tournés vers GOTS, le label de coton biologique qui certifie la provenance de la matière première, issue d’une agriculture non polluante et d’une chaîne d’apprivoisement respectueuse de l’environnement (ndlr : il faut distinguer les produits GOTS des produits coton uniquement certifiés bio, mais dont la fabrication repose sur le même procédé chimique toxique que d’ordinaire).
Mais Picture avait aussi d’autres plans en tête. Munis des premiers croquis de vêtements techniques dessinés sur papier par Jérémy, les trois compères sont partis frapper à la porte de
Jonathan Fletcher, un cabinet de modélisme et conception de vêtements haute performance basé à Annecy, réputé pour ses créations de vêtements techniques pour le compte de grandes marques, mais aussi de Wingsuits, des sacs Lacoste, et fabriquant des combinaisons ignifuges pour les sapeurs-pompiers suisses.
“Jonathan nous a dit qu’il n’avait que dix minutes à nous consacrer mais les dix minutes se sont transformées en dix heures. A l’époque, nous n’avions ni vêtements, ni connaissance de ce qu’était l’ispo (ndlr : le plus grand Salon international de sportswear, qui se tient à Munich), mais Jonathan voulait qu’on y soit présents en février 2009 avec une collection outerwear technique ; c’était un mois et demi avant le début du salon ! En un coup de téléphone à un partenaire de production, il nous a ouvert les portes de son usine en Tunisie, nous a aidés à choisir les matériaux, et la course contre la montre a alors commencé”. A la seconde près, les garçons arrivèrent à l’ispo 2009 à minuit le samedi, dans la nuit avant l’ouverture, avec leurs premiers prototypes et leurs catalogues imprimés un jour avant le début de l’expo. “Et six mois après notre rencontre, Jonathan est entré dans notre entreprise avec du capital”.
A l’hiver 2009-2010, Picture a attiré la curiosité des connaisseurs en présentant ses vestes et pantalons à membrane biocéramique intégrée (ndlr : la membrane de Georges Pessey a remporté la médaille d’or au concours Lépine en France, Salon des inventions). “Le principe de la membrane est de créer avec la peau un flux d’énergie qui augmente la température corporelle de 0,3° C, puis la stabilise. Comme vous avez besoin de moins d’énergie, vous suez moins, consommez moins d’énergie, d’où une meilleure endurance”.
Julien poursuit en nous expliquant que la Suisse est numéro 1 en matière de conscience environnementale dans le snowwear, avant l’Andorre, et que Picture a multiplié ses ventes par quatre dans notre pays, contrairement à la plupart des autres marques qui ont affiché un repli en raison d’un hiver ensoleillé et faiblement enneigé. “Nous pratiquons les mêmes prix que les grandes marques de snowwear, mais tous nos produits sont fabriqués en matériaux recyclés”. D’après une étude de marché réalisée par Picture, 50 % des Suisses sont prêts à acheter les articles 15 à 20 % plus cher si ceux-ci sont fabriqués en matériaux durables (ndlr : contre 2 % seulement en France).
Il compte avec enthousiasme le nombre de personnes qui ont déjà soutenu Picture dans son aventure et qui ont contribué à son succès. Il mentionne également Henry Soulier, expert en production depuis 20 ans et depuis peu le “mentor” de la société, après avoir donné à celle-ci l’accès aux usines high-tech et propres de Taïwan (bluesign standard) : “Nous souhaitons avoir une chaîne d’approvisionnement 100 % transparente”. Picture veille à ce qu’il n’y ait pas d’exploitation ou de conditions de travail non éthiques et prête une grande attention au recyclage, à la réduction de la consommation d’eau et d’énergie. “De plus, tous nos produits techniques en matière polyester ou polyamide sont composés en partie de matières recyclées et respectueuses de l’environnement. Grâce à cette production impeccable et à une rémunération correcte des ouvriers, nous avons gagné en efficacité”.
Le prochain objectif de Picture est de produire des vestes entièrement recyclables. Pour cela, la firme réalise avec le concours de l’Université de Nancy un teaser de 3 minutes qui explique comment fabriquer une veste 100 % PET à partir d’une autre jaquette 100 % PET. Fusion, granulats, fils, “… la qualité du polyester en PET recyclé ne subit aucune dégradation lors du procédé de recyclage. Et comme, pour des raisons d’hygiène, seule une partie du PET recyclé est utilisée pour la fabrication de bouteilles, le PET est un produit super intéressant pour l’industrie textile. Patagonia fait un excellent travail dans ce domaine avec Tejin, le leader asiatique du recyclage. Ensemble, ils élaborent un projet de recyclage qui nous prépare tous au jour où nous n’aurons plus de pétrole”.
Depuis le 1er juin, Picture emploie à mi-temps un responsable marketing, qui soutient les trois fondateurs. Longue vie à Picture et à son concept visionnaire 100 % écologique !








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