BLUESIGN TECHNOLOGIES
PART II
“si vous saviez, vous agiriez !”,
peter waeber
Par Cira Riedel & Corinne Tâche-Berther, traduit de l’anglais par Stéphane Robin – Photo: © Bluesign
C’est toujours très intéressant de faire le point avec Peter Weber pour savoir ce qui se passe au niveau de la production textile. Même si ça paraît encore une mission impossible pour certaines marques, il est clair qu’à l’avenir il n’y aura pas d’autre voie que celle de la production verte. Cette seconde partie de l’interview avec Peter est consacrée aux fibres et aux ressources. Merci Peter et merci bluesign de donner des ailes à tous ceux qui veulent faire un effort.
Peter, quel type de ressources les designers devraient-ils employer ?
Nous devrions penser au futur dès maintenant et réaliser que les déchets d’aujourd’hui sont les ressources de demain. Nous avons besoin de mettre en place des méthodes de recyclage au niveau mondial. Nous savons que nous faisons du bon boulot ici en Suisse, mais dans les pays émergents, d’où est issue la plupart de la production actuelle, ces systèmes sont complètement inexistants. Mais quand on pense qu’il y a plus d’or à trouver dans les déchets électroniques que dans les mines d’Afrique du Sud, on se rend mieux compte de ce que je veux dire. Par contre c’est une tout autre histoire en ce qui concerne les terres rares, dont les métaux sont utilisés dans les produits high-tech. L’indium, par exemple, ne sera plus disponible en 2025. C’est un métal rare dont on a besoin pour la fabrication des écrans. Le problème c’est que son taux de recyclage est inférieur à 1 %.
Peux-tu donner un conseil super important pour les designers ?
Il faut toujours penser à la qualité première que doit avoir un objet pour déterminer le meilleur matériau à utiliser avec les bonnes méthodes. Ce n’est pas du tout nécessaire de trop développer un produit en utilisant trop de ressources. Il faut aussi penser à la fin de vie du produit. La nouvelle génération de designers est confrontée à des pratiques nouvelles, comme la “ré-utilisation”, le “re-design” et “l’up-cycling”. C’est un métier tout à fait nouveau, une vraie chance pour les gens intelligents qui sauront donner une seconde vie à un produit par exemple.
Que se passe-t-il avec le PET ?
Soyons clairs, le PET est une ressource précieuse : les bouteilles d’eau que nous utilisons sont d’une telle qualité que nous devons les réutiliser. L’empreinte écologique du PET recyclé est bien moindre que celle du polyester vierge. Il ne faut pas surestimer le transport. Souvent les containers vides qui repartent en Asie sont remplis avec ce type de matériau. Le site de
Patagonia, Footprint Chronicles, est très intéressant à ce sujet ; là vous pourrez vous faire une idée des transports en toute transparence.
Le coton bio ?
La culture organique du coton est la meilleure méthode, mais c’est aussi très important que la suite du traitement de la fibre respecte l’environnement, sinon les efforts du début seront balayés dès la première transformation. Malheureusement la part du coton bio ne dépasse pas les 1% de la production mondiale. Une bonne alternative est le système Better Cotton Initiative, qui a optimisé les méthodes de culture conventionnelle au niveau de la consommation d’eau et de pesticides.
Le coton ?
Une chemise en polyester est mieux que la même en coton à de nombreux points de vue. Elle est indestructible et elle a toujours la même apparence. Mais si c’est une chemise en coton que vous voulez il n’y a pas d’alternative qui offre le même touché. Le coton bio reste la meilleure solution car il respecte le renouvellement des sols, limite l’usage de pesticides, et respecte la biodiversité.
La laine ?
Elle a une empreinte écologique plutôt mauvaise, mais c’est un matériau excellent qui possède de grandes qualités naturelles. Cependant il faut aussi faire attention à la suite du processus dans le traitement de la fibre pour rester écologique. Il faut renoncer au traitement à base de chlore utilisé pour obtenir une matière plus douce, plus facile à laver, et il faut aussi limiter l’usage des teintures.
Le coton et la laine recyclés ?
Ces deux matériaux sont recyclés depuis des siècles en Italie. Ils sont ramassés, séparés, rangés par couleur, et travaillés de manière mécanique pour fabriquer une nouvelle fibre. Le problème c’est qu’avec le recyclage mécanique la fibre rétrécit, donc on ne peut le faire qu’une fois ou deux.
L’acrylique ?
Pas très utilisé malgré sa grande résistance aux intempéries. Son empreinte écologique est très mauvaise. Le polyester recyclé ou même du polyester conventionnel est beaucoup mieux.
Le bambou ?
Ici il faut faire attention à la maîtrise des rejets d’eau de traitement, car il y a plusieurs étapes où des produits chimiques sont utilisés. Il faut donc retraiter et stocker ces déchets pour obtenir de la fibre à partir de la cellulose. Le tencel, qui est fabriqué en Autriche, est un bon exemple, mais le tencel n’est pas utilisable partout. Pour certains usages il est un peu trop “fluffy”.
La soie ?
Elle restera un produit de luxe. Les quantités utilisées sont trop négligeables pour que l’on en parle.
Le denim ?
La production est un vrai désastre la plupart du temps… mais comme toujours, soit on maîtrise la fabrication ou pas. Si oui, on s’occupe du retraitement des eaux usées et on n’expose pas ses travailleurs aux produits chimiques. C’est toujours la même histoire, ce n’est pas tellement l’usage de produits chimiques qui est mauvais, c’est la manière dont ils sont utilisés.
Quelle sera ta prochaine voiture ?
Pas une hybride ! Le diesel avec un pot catalytique est certainement la meilleure alternative pour le moment. L’électronique rajoutée dans les voitures hybrides nécessite beaucoup de terres rares, et ne suffit pas à compenser la perte de matière naturelle. D’après le professeur “bio” Schmidt-Bleek, l’économie de carburant et de CO2 réalisée par les voitures hybrides n’est pas suffisante pour justifier leur existence. L’autre problème ce sont les mines de cuivre…
Je recommande la lecture de The Earth is on Fire !.
Ta prochaine machine à café ?
Surtout pas avec des capsules en aluminium ! Cela représente 200 g d’aluminium par kilo de café. Une bonne vieille machine italienne manuelle me convient tout à fait.
Et pour le chauffage ?
La géothermie est définitivement une bonne solution, mais c’est aussi le cas des autres énergies renouvelables, même si elles coutent plus cher. La décontamination d’une centrale nucléaire comprend des coûts cachés, pas vraiment transparents, et les dégâts causés pour les générations futures sont inexcusables.
Prendre l’avion ?
C’est dramatique, mais je ne peux pas faire des évaluations (mesures dans les entreprises) par vidéo et même les lectures et les conférences doivent se faire en personne. Comme je ne peux pas prendre le bateau pour l’Amérique… La personne qui va au travail en vélo, qui prend les transports en communs pour aller en vacances, qui mange bio, local et végétarien, a sans conteste la plus petite empreinte écologique.
Un nouvel ordinateur ?
Pour chaque ordinateur produit il y a 1,6 tonne de déchets organiques. Les mémoires flash résistantes aux chocs, le recyclage des coques en aluminium, le bannissement de l’usage de produits dangereux et les économies d’énergie sont déjà une bonne approche. Apple fait du bon travail à ce niveau-là. Cela dit, les produits électroniques sont des gros consommateurs de terre rare, et de métaux précieux, dont les gisements commencent à s’épuiser. Le taux du recyclage de l’indium, dont je parlais un peu plus tôt, est seulement de 1%. C’est impossible de ne pas épuiser ce genre de ressources.
Une vision pour le futur ?
Nous avons besoin d’une révolution technologique tournée vers l’optimisation des ressources, qui engloberait aussi les pays émergents et ceux en voie de développement. La chimie verte élaborée à partir de la biomasse qui ne pourrait pas être utilisée autrement, et qui finirait comme déchet, est une bonne idée. On pourrait par exemple utiliser les boues de décantation comme biopolymères pour créer des fibres synthétiques et réduire la dépendance aux ressources non renouvelables.
Peter Waeber est le CEO de bluesign technologies depuis sa fondation en 2000. Expert reconnu et conférencier spécialisé dans les problèmes d’environnement et de développement durable, il est très demandé à travers le monde. Il a étudié l’ingénierie chimique et textile ainsi que l’économie. Il a commencé sa carrière comme chercheur dans l’industrie chimique, et il a ensuite dirigé différentes usines textile suisses. Il fut aussi un participant actif dans la recherche en nouvelles technologies textiles et il détient des brevets dans les nano- technologies. Parmi d’autres choses, Peter est aussi un snowboarder passionné depuis 17 ans.








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