SUR LES TRACES DES INCAS…
road-trip à travers le pérou
Texte et photos par Kévin Métallier

Le skateboard et ses petites roulettes présentent la particularité de pouvoir parfois vous conduire dans des destinations aussi improbables que farfelues. Cette fois-ci, et contre toute attente, je me retrouve, à la suite d’un échange d’e-mails hasardeux, sur le continent sud-américain, au cœur du Pérou.
Arrivé à Lima, la capitale, je retrouve quatre de mes compères européens : l’Allemand Michaël Mackrodt, les Français Dany Hamard et Sam Partaix, et le Belge Phil Zwijsen. En compagnie de cette bande de bras cassés, nous allons passer près d’un mois à explorer le sud de ce fabuleux pays, à la recherche de spots en tous genres. Voici quelques petites anecdotes croustillantes qui auront marqué notre séjour…
Inca-Kola…
Mais c’est quoi cette boisson gazeuse dégueulasse au goût de bonbons acidulés et dont la couleur s’apparente à de la pisse de lama ? Rien de plus élémentaire, c’est la version péruvienne du célèbre Coca-Cola. Il faut toutefois reconnaître, après en avoir bu quelques centilitres, que mis à part les bulles et la bouteille en verre, il y a autant de points communs entre ces deux boissons pétillantes qu’entre un grille-pain et un stade olympique… Vous visualisez mieux la différence là ? Non ? Vous avez déjà essayé de faire un match de foot avec vos potes dans un grille-pain ?!! Voilà, c’est ça, une grosse différence donc ! En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au même titre que le Machu Picchu ou le lac Titicaca, l’Inca-Kola est une véritable fierté nationale, et les autochtones n’hésiteront pas à vous le refourguer à toutes les sauces… D’ailleurs, je me souviens avoir rencontré un certain Chico, le gérant d’une petite épicerie sur la route d’Ayacucho, dans laquelle on pouvait évidemment se procurer le précieux coca des Incas, qu’il tenta de me vendre, en vain. Agé d’une bonne soixantaine d’années, le vieil homme présentait la particularité d’avoir une dentition en forme de piège à loup. Comme si la majeure partie de ses ratiches avaient été rongées par le sucre. Inutile d’avoir fait des études supérieures en chirurgie dentaire pour déduire que l’absorption quotidienne de sa boisson favorite n’y est peut-être pas tout à fait étrangère…
On a marché sur la Lune…
Le Pérou est un pays très montagneux, traversé par les Andes, avec des sommets culminant à près de 7000 m d’altitude. De nombreuses villes ont d’ailleurs été construites sur de hauts plateaux comme Cuzco (souvent appelée “la Rome des Incas”, située à 3400 m d’altitude), Ayacucho (à 2760 m d’altitude), ou encore Arequipa (à 2300 m). Le détail auquel on ne pense pas d’emblée lorsque l’on se rend sur place pour la première fois est l’influence de l’altitude sur la condition physique. Grimper une trentaine de marches à plus de 3000 m ne demande pas tout à fait le même effort physique qu’en bord de mer. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les athlètes de haut niveau vont souvent s’entraîner en altitude avant d’attaquer d’importantes compétitions. Je sais ce n’est pas un scoop, mais nous on vient tout juste de le comprendre… En même temps, lorsque vous faites de la planche à roulettes, et même si vous êtes très doués dans ce domaine, l’entraînement en altitude n’est pas vraiment de rigueur. Précisons pour la petite histoire, qu’en nous rendant à Ayacucho, nous avons quand même posé nos roulettes sur une route déserte à près de 5000 m d’altitude. Après la performance de Neil Armstrong qui posa pour la première fois ses pieds sur la Lune le 20 juillet 1969, eh bien je crois pouvoir annoncer que plus de 40 ans plus tard, Phil Zwijsen a accompli un véritable exploit : il est le premier skater belge au monde à avoir fait un flip à 4647 m d’altitude…

A plus dans l’bus !
Si Lima regorge de bons spots et d’accueillants skaters locaux pour vous guider à travers les méandres de la plus grande ville du pays, ce n’est pas tout à fait le cas dans les autres agglomérations péruviennes. En d’autres termes, une fois hors de la capitale, les bons spots de street c’est un peu comme les supporters du PSG en plein cœur de Marseille, ça ne court pas les rues… Il vous faudra donc faire appel aux divinités incas et avoir recours à la magie noire pour obtenir une petite chance d’en croiser quelques-uns sur votre route. En ce qui nous concerne, pour faire face à ces regrettables carences urbaines en matière skatable, nous avons testé une nouvelle méthode afin de sillonner un maximum les villes et optimiser nos probabilités de découvrir de potentiels spots. Cette technique consiste à sauter dans le premier bus que vous croisez, poser votre cul sur un siège et scruter attentivement les rues qui défilent sous vos yeux. Dès que le “film recommence”, vous descendez et réitérez l’expérience avec un autre bus. L’option des transports en commun présente plusieurs avantages non négligeables. Déjà, elle est très peu coûteuse, surtout au Pérou. Ensuite, elle vous permet de vous familiariser avec les autochtones et de vous immerger dans la culture locale. Enfin, elle vous évite de devoir louer une voiture et d’avoir à conduire au beau milieu de ce joli merdier (ici comme dans beaucoup d’autres pays, le respect quasi inexistant d’un code de la route virtuel et l’état déplorable de la voirie rendent la conduite un peu plus dangereuse qu’elle ne l’est déjà). Seul petit point négatif concernant cette technique du bus : elle ne sert strictement à rien ! En tout cas, elle s’est avérée d’une efficacité très relative dans notre recherche de spots…
L’happy hour…
Ce n’est pas un glorieux constat, mais le Pérou ne déroge pas à la règle. Ici, comme dans la plupart des pays à travers le globe, la pratique de la plaque à roues est souvent assimilée à un véritable crime contre l’humanité, passible de tortures, de séquestration, d’emprisonnement à perpétuité, voire, en cas de récidive, de peine de mort. Ok, j’en rajoute un peu là, mais bon, on a quand même souvent eu la sensation d’être de vrais criminels, des vandales assoiffés de sang, juste parce qu’on a malencontreusement réveillé mémé pendant sa sieste, ou sous prétexte qu’on a légèrement abîmé la main courante, qu’absolument personne n’utilise, mis à part peut-être la fameuse grand-mère, qui, si on ne l’avait pas réveillée, serait toujours en train d’agoniser dans le cercueil qui lui sert de lit… Bref, tout ça pour dire qu’ici aussi, en tant qu’adepte de freestyle sur roulettes, il vous faudra faire preuve d’ingéniosité, de patience, de persévérance et souvent frapper le premier (ou courir très vite, c’est au choix), pour échapper aux forces du mal, les sinistres agents de sécurité, dont le Q.I. avoisine celui d’une endive et la masse musculaire celle d’un 36 tonnes (ça aussi c’est une constante partout dans le monde). Après la session, pour vous remettre de tant d’émotions, vous n’aurez qu’à vous précipiter dans n’importe quel bar du quartier et profiter de l’happy hour à la péruvienne. Le principe est simple: dès que c’est l’heure, on double les prix et on divise les quantités par deux… Ils sont malins ces Incas, et au moins, on ne pourra pas dire qu’ils poussent à la consommation d’alcool…








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