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HAPPY D! DAY

wegmueller_02_ptDéjà 15 ans…
Par Ismael Tlili | Photos : benny-t.com

Le D! Club fête ses 15 ans d’existence sans prendre un ride. Thierry Wegmüller fait le point sur une histoire qu’il écrit au fil du temps.
A combien de couples aura-t-il offert une rencontre? A combien d’âmes perdues du réconfort ? A combien d’ouïes en quête de sensations inexplorées de la jubilation ? La simplicité de Thierry Wegmüller est frappante : il fait bien plus qu’offrir une scène lausannoise, il permet à des gens de s’exprimer, de se forger une personnalité et les accompagne tout au long de leur vie. 15 ans de D ! Club et autres lieux remplis d’émotions qui perpétuent leur mission d’en procurer avec brio. Une rencontre avec un artisan de l’hédonisme qui n’a pas fini d’embellir vos nuits.

Aidez-nous à planter un décor dans votre passé :
Mon passé regorge de musique. Elle a fait et fait toujours partie intégrante de ma vie. En plus de mes activités, y compris l’organisation du Lausanne Transat Festival, je joue toujours du piano et compose un peu.
En 1992 il n’y avait aucun endroit où l’on pouvait écouter de la musique live à Lausanne. Mon frère Gilles était à Paris, moi en Afrique, quant à ma sœur, Jasmina elle était à Lausanne. Un jour mon frère m’a appelé en me parlant du Simplon-Marterey, l’actuel Bleu Lézard, qui était en vente à ce moment-là. L’établissement se trouvait juste à côté du restaurant de nos parents, le «Au Couscous». Instantanément nous avons eu un coup de cœur pour la cave, devenue la Cave du Bleu par la suite, et en 1994, après 2 ans d’exploitation du Bleu Lézard, nous l’avons inauguré. Nous y avons programmé tous nos coups de cœur et cet état d’esprit est toujours présent.
C’est le désir d’une salle plus grande qui a lancé l’histoire du D ! Club. L’endroit hébergeait le premier théâtre de Suisse Romande, le Lumen (1906), ensuite ce fut au tour du cinéma l’ABC. Le lieu possède donc un passé, une âme culturelle. En 1996, Stéphane Besançon a changé l’image de l’endroit en le transformant en club, tout en gardant comme salle de projection ce qui est aujourd’hui le balcon du D !. Pour le prix d’une entrée de cinéma, les spectateurs pouvaient se transformer en clubbers une fois le rideau baissé. En 2002 c’est mon aventure au D ! qui a commencé. L’envie de préserver l’image multiculturelle de ce lieu ne m’a jamais quitté. Des concerts d’artistes confirmés, des découvertes et parfois un peu trop d’avant-gardisme, comme au moment de présenter Ricardo Villalobos devant cinquante personnes, font partie de l’aventure. Mais le fil d’Arianne a toujours été l’idée d’un multiclub, mêlant concerts, DJ sets et projections, et prenant un certain nombre de risques parfois pas toujours calculés ! ! ! Pour moi un club est comme une table de mixage, il faut en permanence jouer avec les curseurs pour obtenir l’équilibre parfait.

Le D ! fête ses 15 ans. Quelle signification cela a pour vous ?
C’est difficile de garder une volonté artistique tout en évoluant et en restant attractif. Si nous sommes encore là c’est que nous avons su anticiper les changements de mode ou de goûts musicaux, tout en gardant une ligne artistique correspondant à notre vision et sans faire trop de concessions. Il me semble que 15 ans c’est aussi le bon moyen pour rappeler que l’on ne construit rien seul. Le moment est donc idéal pour remercier tous ceux qui ont aidé à élaborer les bases du D ! Club, et qui continuent à en écrire l’histoire. Même si nos valeurs paraissent atypiques, nous avons le désir de les garder. Nous aimons la prise de risques et nous essayerons toujours d’être des précurseurs dans ce que l’on fait.

Quel a été votre highlight au D ! Club ?
Tous les artistes qui ont contribué à faire vivre l’endroit lui ont donné du cachet. Personnellement cela a été très excitant de voir Claude Nobs faire signer en personne Paolo Nuttini dans notre loge, après son concert au D ! Club, entre autres.

Pouvez-vous nous donner votre impression actuelle sur le divertissement ?
En ce moment je perçois deux types de clubs. Les éphémères et ceux qui sont faits pour durer. Faire des efforts dans un but uniquement commercial en suivant le flow n’est pas une bonne idée à moyen terme. Le manque d’authenticité s’en ressentira. Une fois les bases posées, il faut se lancer, quitte à ne pas être suivis. Garder la dimension artistique me paraît primordial. C’est ce que nous essayons de faire tous les jours depuis cette 9e année de gestion du D ! Club.

Quel est le poids de la musique dans notre monde ?
Je suis issu des concerts, alors pour moi elle est essentielle. Elle marque l’évolution des sociétés. Je constate qu’à l’heure actuelle les gens sont plus attirés par une ambiance que par un artiste. Il y a moins de curiosité pour les découvertes et un intérêt croissant pour les grands festivals regroupant découvertes et groupes confirmés en limitant la prise de risque du spectateur. Les grandes messes avec l’ambiance qu’elles génèrent compensent sans doute également l’éloignement social créé par les nouvelles technologies. Les gens ont besoin de plus de contact.

Les détails cruciaux du divertissement :
Nous avons tous des sensibilités différentes, et pour moi l’accueil est crucial. Les gens doivent se sentir les bienvenus, et les agents de sécurité effectuent la double tâche d’accueil et de sécurité. Cependant le summum reste de voir le public détendu, s’amuser, et heureux d’être là pour passer une bonne soirée, quel que soit l’artiste invité.

Qu’est-ce qui déclenche un coup de cœur en vous ?
Le charisme ! Que ce soit lors d’un concert avec une Sophie Hunger, une Camille ou un groupe comme IAM ou lors d’une soirée clubbing avec un Laurent Garnier par exemple. Il y a de la sincérité dans leurs démarches et dans ce que ces artistes dégagent sur scène.

La vraie générosité artistique dans le clubbing est d’être capable de changer de style quand l’artiste remarque que ça ne prend pas, le temps de mettre le public en condition, pour ensuite revenir progressivement à ce qu’il souhaite faire partager.

Remerciements à :
Thierry Collado, direction artistique
Edouard Chapuis, direction technique et concerts
Enver, direction exploitation
Lella, accueil Balcon VIP
Laura, accueil Main Floor

dclub.ch

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