UN AN D’ÉTÉ
le plus beau dans le voyage, c’est de s’adapter au rythme des cultures et d’enfin prendre le temps, le temps pour les belles choses de la vie.
Texte & photos de Sandro Bäbler & Janine Wiget
Un tour du monde d’un an, beaucoup en rêvent, peu le font. Économiser, planifier, oser… Pour aller où? Et pourquoi faire? Janine et Sandro ont quitté la Suisse pour un été d’une année, pour voyager au rythme des envies et des circonstances. Ils nous offrent quelques extraits de leur journal.
Panama
Après une semaine, nous avons atteint notre première destination et un premier sommet culturel. L’île Chichime sur la côte Caraïbe du Panama est l’une des 378 îles San Blas qui appartiennent au territoire Kuna. On peut en faire le tour en 10 minutes à pied. La famille qui y vit loue deux bungalows modestes aux touristes. Ils nous racontent qu’ils ont leurs propres lois, indépendantes du gouvernement de Panama. Ainsi, les investisseurs étrangers n’ont pas le droit d’acheter du terrain sur les territoires qui leur appartient. Il n’y existe aucun hôtel.
Chaque île Kuna appartient à la femme la plus âgée qui y vit. Si, dans une génération, il n’y a aucune fille, un garçon sera élevé comme tel. Il sera socialement accepté comme femme par les autres Kunas et plus tard, il héritera de l’île. Une structure matriarcale radicale. La famille sur notre île a deux fils, le premier est responsable de la pêche, le deuxième de la cuisine, des vêtements et des noix de coco. Il semblerait que ce soit le deuxième qui héritera de l’île Chichime…
L’île Chichime est le lieu parfait pour débuter notre voyage. Les paysages de cartes postales devenus réalité ont déjà évacué notre stress quotidien habituel. Ces îles sont les lieux paradisiaques que promettent les catalogues des agences de voyage, sans pouvoir les offrir. Extrait du carnet de voyage 15.09.2010 Janine
Guatemala
Aujourd’hui c’est la Toussaint, le cours d’espagnol n’aura pas lieu. Alors qu’en Suisse, le 1er novembre correspond avant tout à un jour où l’on ne peut pas faire ses courses, au Guatemala, c’est jour de fête. En arrivant à Santiago, nous sommes tombés par hasard sur la plus grande festivité de la région.Les familles se réunissent sur les tombes de leurs défunts pour y organiser un repas de fête. Par cette coutume qui peut nous paraître surprenante, les vivants montrent aux morts qu’ils se portent bien.
Après le repas, on élève des cerfs-volants dans le ciel pour entrer en communication avec les morts. La fête est bruyante et colorée! On rit, on danse et on boit… La scène est grandiose, inimaginable chez nous. Extrait du carnet de voyage 01.11.2010 Sandro
Mexique
Autour de Noël, le flot de touristes américains déferle sur le Mexique. Comme le prix de notre Cabane à Puerto Escondido a triplé, nous prenons la fuite pour le petit village de pêche de Chacahua, à une heure et demi de là. Ce n’est pas loin, mais nous avons quand même dû changer quatre fois de moyen de transport : taxi, bus, bateau, pick up.
Notre décision fut la bonne. Chacahua est un village de pêche calme qui se trouve sur une presqu’île entre une lagune et la mer. Les habitants sont très amicaux, le logement simple, la nourriture délicieuse, l’ambiance détendue, et le plus important, la vague est parfaite!
Grâce à un quai, on peut se promener jusqu’au line up. Quand la vague est assez grande, on surfe jusqu’à la plage d’où l’on reprend le chemin du line up à pied. Ce matin, j’étais, une fois de plus, seul dans l’eau. Les premiers gamins du village n’arrivent que vers 11 heures.
La vague est aussi bien adaptée aux débutants qu’aux plus avancés. Malgré le beach break, la vague a la régularité de celle d’un reef. Les rides peuvent durer incroyablement longtemps. Extrait du carnet de voyage 30.12.2010 Sandro
Polynésie française
Notre avion de LAX a décollé avec 16 heures de retard. Nous sommes arrivés à Tahiti à minuit alors que l’on prévoyait d’arriver le matin. Le petit aéroport de Papeete était désert. Notre bateau pour l’île voisine a quitté le port sans nous et nous nous retrouvions une fois de plus sans hôtel.
Contrairement à moi, et malgré son mal de tête, Sandro a réussi à s’endormir sur le sol dur et froid. Je vais m’asseoir au seul café de l’aéroport, où je fais la connaissance de Tera. Elle fait son horaire de nuit. Elle me dit qu’elle nous a remarqués, couchés sur le sol. Mon Français n’est plus ce qu’il était, et le peu qu’il me reste est obstrué par l’espagnol que j’ai appris plus récemment. Malgré tout, j’arrive à expliquer notre situation à Tera. Elle nous invite chez elle à 6 heures du matin. Quelle personnalité adorable! Elle nous materne comme si nous étions ses enfants et nous propose même un vol sur l’île voisine Raïatea. Nous la connaissions que depuis quelques heures et elle nous porte déjà dans son grand coeur.
Bien sûr, nous avons échangé nos adresses emails pour nous revoir avant notre départ pour l’Australie. Je me réjouis déjà! Mais avant cela, on va s’arrêter sur l’île paradisiaque de Huahine. Extrait du carnet de voyage 09.03.2011 Janine
Sumatra
Aujourd’hui, les vagues sont trop hautes pour surfer. Une poignée de casse-cou a été éjectée au-delà du reef, et vers midi, ce sont les derniers d’entre eux qui se font refouler sur la plage. L’après-midi, nous allons à Krui pour y chercher le seul café internet à la ronde.
La route était parsemée de nids de poules (de véritables cratères) et les coups des klaxons incessants.
Les vaches qui dorment sur la route et les chèvres perdues font partie du quotidien, mais ce que nous allons rencontrer dépasse nos attentes les plus folles. En prenant un virage à 60 Km/h, seuls nos réflexes entraînés nous ont sauvés d’une collision avec 20 villageois – sur leurs épaules, ils portaient une maison. Il semble que quelqu’un déménage. Extrait du carnet de voyage 13.05.2011 Sandro
Suisse
De retour en Suisse depuis un mois, nous commençons à nous acclimater à nouveau. Nous sommes heureux d’avoir plus que rêvé d’un tour du monde, de l’avoir fait pour de bon. Les innombrables impressions collectionnées ne nous quitteront plus jamais. Pendant que nous avons vécu un tas d’aventures, le temps semble s’être arrêté en Suisse. Rien n’y a changé.
Nous sommes fiers d’avoir voyagé en marge du tourisme de masse. Les rencontres que nous avons faites nous ont permis de plonger dans les cultures et le quotidien des populations autochtones. La joie et l’hospitalité de gens simples nous ont profondément marqués. Chacun cherche à impressionner son hôte et à gagner son amitié. C’est cet échange qui est le plus excitant, et plus on s’éloigne du tourisme de masse, plus les gens sont sincères. Le plus beau dans le voyage, c’est de s’adapter au rythme des cultures et d’enfin prendre le temps, le temps pour les belles choses de la vie. Extrait du carnet de voyage 19.07.2011 Janine









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