SAMUEL ANTHAMATTEN
méfiez-vous de l’eau qui dort !
Texte et photos par Jeremy Bernard
De ses premiers pas en escalade juste derrière la maison familiale en 1998, jusqu’à sa place de vice-champion du monde de freeride en 2011, ce blond angélique est aujourd’hui l’un des espoirs du ski extrême mondial. D’une rigidité toute alémanique et très discret, il n’empêche que ce garçon a du coffre et un humour décalé. Ne faut-il d’ailleurs pas se méfier de l’eau qui dort ?
Il semble surnaturel, homme rustre de la montagne, génie du ski. Une fois son équipement de skieur revêtu, il se transforme telle une brebis enragée. Samuel Anthamatten, 25 ans, originaire de Zermatt, skieur professionnel et guide de haute montagne est un monstre des sommets enneigés. Surdoué, tout simplement. On pourrait même voir en lui le Xavier De Le Rue du ski. Homme à tout faire, autant à l’aise en escalade sur une falaise verticale de 300 mètres qu’en ski dans des pentes à plus de 50°, la folie aurait-elle rejoint la raison pour ce jeune acrobate amoureux d’adrénaline ?
De nature, Samuel est mystérieux, réfléchi et disserte peu sur sa vie. Il est aussi un personnage très drôle, aimant croquer la vie à pleines dents et s’amuser entre copains autant sur les skis que dans la vie de tous les jours. La montagne joue un rôle central dans son existence. C’est quand Simon, son frère de trois ans son aîné, avait besoin de quelqu’un pour l’assurer en escalade que Samuel met un premier pied sur la montagne. Il avait 11 ans, ignorait tout de l’escalade, de l’alpinisme et du ski extrême. Très vite et toujours poussé par Simon, il s’essaie alors à tout ce qui met en rapport des cordes, des crampons, des piolets, la roche et la glace. La montagne, tout simplement. “Simon ne m’a pas laissé le choix ! Il avait besoin de quelqu’un pour l’assurer en escalade. Même si je ne connaissais rien en grimpe, j’étais le seul à pouvoir le faire. Très vite j’ai voulu grimper à mon tour et puis c’était déjà trop tard, je voulais aller plus haut que la petite falaise qui s’élève derrière la maison familiale !!”
A tout cela, il faut ajouter une enfance passée sur des skis. Non pas au ski club mais juste avec ses frères, copains, pour le plaisir.
Toujours le plaisir ! Quoi de plus normal, de skier à longueur de temps et de pratiquer l’escalade lorsque l’on habite Zermatt, très belle station du Haut Valais suisse, posée au pied de l’une des plus belles et impressionnantes montagnes du monde, le Cervin…
C’est donc avec ses deux frères aînés (Martin, le troisième garçon de la famille, étant lui aussi un ski-alpiniste professionnel) qu’il s’est forgé cette force et cette envie de conquérir les plus grosses montagnes du globe. Dupe de pas grand chose, surtout de la montagne, l’œil vif et le regard perçant, il est un personnage atypique, hors du temps. Une ligne claire, une passion, le plaisir. Confession d’un homme attachant…
Premiers pas sur des skis
J’ai débuté à l’âge de 2 ans, dans le jardin de la maison. C’était pas trop du ski mais plus des jeux dans la neige avec mes frères. Ensuite à l’âge de 3 ans j’ai réellement commencé le ski sur le domaine de Zermatt.
La cascade de glace
J’ai commencé l’escalade vers 11/12 ans. L’été je faisais de l’escalade et l’hiver du ski. Avec mon frère Simon, nous avons trouvé que la cascade de glace ressemblait beaucoup à la grimpe sur rocher alors nous avons essayé, j’avais 13 ans. Depuis, nous n’avons jamais vraiment arrêté ! hahaha.
J’ai toujours appris tout seul, “learning by doing”. Tout en continuant à faire du ski pour le plaisir, j’ai commencé les compétitions de cascade. J’ai participé à quelques coupes du monde, j’en ai même gagné ! Je suis resté pendant quelques années dans le top 5… Simon, lui, a même été sacré champion du monde !
Le Cervin
Je suis allé sur le Cervin que très tard, à l’âge de 18 ans (ah bon c’est vieux ça ???). Mais me première ascension dans le Cervin a été la face Nord avec Simon. C’est la voie la plus difficile, je ne faisais pas le malin là haut… Maintenant, cette montagne est mon gagne pain. Je gagne ma vie sur cette montagne en guidant mes clients, je l’apprécie énormément tu peux y faire tellement de choses. Grimper, faire de grandes voies, skier…
Le freeride
L’année de mes 22 ans. J’avais un ami qui organisait le FWQ à Fieberbrunn. Il m’a proposé de venir le faire. J’ai participé aux opening, je me suis qualifié pour la finale mais je suis tombé, j’étais loin au classement.
L’année d’après il m’a de nouveau invité, directement en finale ce coup-ci et j’ai gagné. Ensuite, vu que je me suis rendu compte que je pouvais gagner et montrer que je savais faire du ski, je suis allé faire les FWQ de Nendaz et de Greyssonnet. C’était fun, je prenais du plaisir. Puis, Nicolas Halewoods m’a contacté pour m’offrir une Wild Card pour la saison 2010/2011 du FWT, j’ai accepté et regarde où ça m’a mené. Aujourd’hui je m’éclate, je fais ce que j’aime, c’est parfait !
FWT
Au départ c’est toujours difficile. À Chamonix et St Moritz, j’étais un simple inconnu. Je me suis retrouvé au milieu de gars comme Henrik Windsted,
Xavier De Le Rue ou Aurélien Ducroz pour ne citer qu’eux et ça fait bizarre. Je ne connaissais personne et pensais que j’étais le “green horn” comme on dit. Au final, j’ai fait connaissance, je me suis rendu compte que ces mecs étaient géniaux, qu’ils vivaient pour la même passion que moi et que nous avions beaucoup de choses à partager et ça a été une superbe expérience. Et puis, je termine vice-champion du monde et ça c’est top !
Vice-champion du monde
C’est génial !!! Ça me fait plaisir !!! Ça me donne une motivation supplémentaire pour l’année prochaine. Maintenant, je veux prouver que je sais skier, je veux confirmer. Tu sais, pour moi le ski extrême, la grimpe c’est vraiment pour le fun, j’aime m’amuser avant tout. Aujourd’hui je suis capable de m’aligner sur de grandes courses et de compter parmi les meilleurs mais je veux m’amuser avant toute chose et pour le moment ça marche plutôt bien comme ça. J’ai de la chance mais je travaille beaucoup pour y arriver. J’apprécie la compétition mais je préfère les grandes lignes, très raides…
La saison parfaite
C’est une bonne question… Mais je pense qu’une saison parfaite serait de pouvoir allier une saison complète sur le FWT, deux semaines en Alaska et revenir skier toutes les grandes faces des Alpes !!! Donc comme d’habitude, beaucoup de plaisir. Le jour où je ne prendrai plus de plaisir, j’arrêterai…
Projets
Bien sûr ! J’ai beaucoup de choses en tête. Je n’ai encore rien posé sur le papier, rien n’est dicté, ça dépendra aussi de la neige. Mais disons que le but et de mixer grimpe et ski. Grâce à la grimpe, j’ai accès à beaucoup de faces que certains rêvent de skier depuis des années. Moi je peux le faire donc je vais le faire ! A l’image de Jérémy Jones et Xavier De Le Rue, ces mecs sont super impressionnants et rident aujourd’hui sur des faces encore jamais rentrées auparavant, c’est génial !
Une histoire
Wahou, il y en a tellement !!! Mais quand j’avais 19 ans, je voulais aller skier la face Est du Cervin, 900 m de dénivelé entre 45/50°. Je suis donc parti seul en fin de journée pour passer la nuit dans la petite cabane située au pied du Cervin. Normalement pas ouverte l’hiver, elle n’est équipée que du strict minimum. Je n’avais pas le choix, il me fallait partir à 4h du matin le lendemain pour pouvoir espérer arriver à 8h au sommet et skier dans des conditions optimales. C’était en février, il faisait très froid, -12°C. Cette cabane est spéciale, elle a ses légendes et certains disent même que des démons traînent ici. J’étais jeune, je ne m’en souciais guère ! Mais je dois avouer que j’ai tout de même eu peur. Une fois la nuit tombée, le Cervin s’élevait droit au-dessus de ma tête, formant une énorme masse d’ombre, c’était assez terrifiant… Une fois couché, j’ai reçu un appel de ma maman. Je ne lui avais pas dit où j’étais, je ne pouvais pas, elle n’aimait pas quand je partais en montagne et surtout tout seul ! Je n’ai pas pu lui mentir… Très énervée, elle m’a ordonné de redescendre immédiatement à la maison. 5 minutes plus tard j’avais les skis aux pieds, direction Zermatt, je crois que d’un côté j’étais content de redescendre ! J’ai posé mes affaires à la maison et je suis sorti faire la fête à Zermatt, hahaha !!! J’y suis retourné l’année d’après avec un ami, tout s’est très bien passé. Mais à deux, c’est beaucoup plus simple !
Une fierté
Je ne sais pas. Mais si j’avais à en choisir une, je dirais certainement la face Sud du Yasemba à 7350 m en Himalaya. J’étais avec mon frère Simon et un ami, nous avons ouvert la face, c’était très dur… Mais un super souvenir, une belle histoire.
L’été 2011
Je suis parti avec 2 autres skieurs, Jérémie Heitz et Richard Amacker et un photographe, Jérémy Bernard. Nous avons voyagé entre le Chili et l’Argentine. C’est très différent de ce que je fais d’habitude. C’était la première fois que je partais skier durant l’été en hémisphère Sud. Normalement, je reste à la maison pour grimper et guider… Nous avons eu de superbes conditions, un bon entraînement pour la saison à venir et surtout une superbe expérience.
Samuel est sponsorisé par Julbo, Scarpa, Mountain Head Wear, Black Diamond und Bayard Zermatt.








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