TOML
time of my life
Par Elliot Vaucher – Photo: © Pierre Volet

La société prône le sérieux, le travail élevé au rang de vertu. Chaque jour, la même rengaine : “Les gars, vous allez pas faire ça toute votre vie, faudra bien vous ranger un jour !” C’est quoi se ranger ? Et c’est là que les ennuis commencent.
Avoir une BMW en leasing dans le garage, ça ne nous intéresse pas. Un abonnement au dernier fitness Harmony, non plus. Des meubles Ikea design, pas mieux. Des vacances all-inclusive à Hammamet, toujours pas. Trêve de plaisanteries. Critiquer c’est facile, assumons nos positions.
La vie, en dehors du pseudo-travail simili-nécessaire à la société, c’est aussi un skateboard au grip usagé qui déchire un morceau de ta vieille godasse au moment où tu lances ta jambe pour amorcer la rotation, et qui se transforme en une partie de toi, symbiose réussie, quand tu replaques dans un moment de grâce où tes potes lèvent les bras, faisant semblant d’être blasés pour le film, alors qu’au fond ils sont sidérés par ton trick. C’est une première journée de la saison où tu remercies ce qui reste de sacré dans ce monde. Etre né en Suisse pour voir une nouvelle fois se lever un soleil orange sur la poudre cristalline tombée la veille. Tu glisses désormais avec le seul bruit de tes carres qui coupent la substance magique, avant de couper le premier morceau de pain pour la fondue du soir. Backcountry et yoga dans le salon, en pensant déjà à la ligne du lendemain.
Les diseurs d’Apocalypse prédisent la fin pour 2012. D’ici là, on a tout juste le temps de vous relaxer les neurones avec un projet créatif incluant des images de ski, skate et snowboard, ainsi qu’un voyage en Russie en mars 2012, le tout monté par l’initiative d’Arnaud Cottet et Benoît Goncerut, avec l’équipe du GCC-02. Le projet s’appelle “Time Of My Life” (TOML). On essaiera de vous faire comprendre, et à nous aussi par la même occasion, ce qui fait qu’on porte, depuis quelque temps déjà, un point de vue pour le moins acerbe sur une société qui transforme toute la pourriture possible et imaginable en phénomène de mode et de consommation, capable de vous donner envie de vous acheter le dernier des gadgets inutiles, alors que le bonheur est là, planqué dans un après-midi à la plage, avec un coucher de soleil, un bowl, une slackline et des potes qui te relancent sur les râteaux que t’as mangés la veille. Ce n’est pas pour la reconnaissance, pas pour la tune, pas pour la célébrité qu’existera TOML, c’est pour la visibilité des rêves. Transformer une idée en projet, puis un projet en film, c’est là que se situe le vrai travail. On aurait même entendu parler de “passion”, à ce propos. Imaginez le chaos de votre esprit en train de prendre forme, en train, petit à petit, de toucher à la cohérence d’une pensée. Et votre pensée est la suivante : j’ai compris à quel point il était facile d’être heureux. Avoir compris cela c’est fondamental, le transmettre c’est une autre affaire. Et c’est l’affaire de ce film, l’affaire de TOML.
La matérialisation de ce putain de rêve, sur lequel vous êtes restés scotchés un jour, et que vous revoyez à chaque fois que les brumes du souvenir s’emparent de votre esprit endormi ; ce rêve où vous étiez assis sur un banc, entourés de potes à Berlin, et que les échos de la ligne mélodique de la veille au Berghain continuaient de siffler dans vos oreilles, quand la Paulaner était encore fraîche dans votre bouche, que vous vous asseyiez pour reprendre votre souffle, juste après avoir posé la line du week-end, capturée sur une caméra numérique. Time Of My Life ne sera pas uniquement un film, qui sortira à l’automne 2012, mais également une série de podcasts sur l’avancée du projet diffusés régulièrement sur www.toml.ch, des événements, des publications, des soirées : la première du projet se déroulera d’ailleurs ce mois-ci, le 25 novembre au Romandie Club à Lausanne.
Inclure plusieurs acteurs, plusieurs activités et plusieurs compétences pour un but commun : la représentation matérielle d’une passion. On se réjouit de vous la faire partager, Bien à vous.








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