SWATCH SKIERS CUP
l’europe versus america en coulisses
Par Sandra Wicky - Photo: Jeremy Bernard
Immergée dans l’atmosphère chilienne de la Swatch Skiers Cup réunissant du 5 au 12 septembre les 16 meilleurs freeriders du monde, je vous propose un zoom sur les coulisses de l’événement.
Cette idée novatrice de faire s’affronter en duel deux équipes, européenne et américaine, lors d’une épreuve de freeride et de freestyle nous vient de deux de ses participants Kaj Zackrisson (SUE) et Sverre Liliequist (SUE). Faire naître l’esprit d’équipe et l’entraide dans cette discipline plutôt individualiste leur a été inspiré par la “Ryder Cup” en golf il y a six ans ; ils l’ont partagée par la suite avec Nicolas Hale-Woods, organisateur responsable du Freeride World Tour. L’équipe de ce dernier n’a pas eu besoin de plus d’une année et demi pour mettre en place le projet incluant la recherche de sponsors et l’organisation de l’événement.
À la veille de la compétition, me voilà réveillée dans mon vol de nuit pour Santiago par un sublime lever de soleil sur la cordillère des Andes enneigée : vision irréelle d’un autre monde ; c’est au sommet de ces montagnes majestueuses que la compétition va avoir lieu.
Arrivée au luxueux hôtel W, je découvre les environs. Nous sommes logés dans un quartier d’affaires chic de Santiago ; influence américaine avec grandes tours, fast foods et voitures élégantes. L’hôtel donne dans l’ambiance lounge, avec musique en continu, magnifique terrasse avec piscine sur le toit au 21e étage (vue imprenable sur la ville et les Andes en arrière plan) et service très efficace (tu n’as pas le temps de poser ton verre vide sur la table qu’il a déjà disparu).
Les riders se partagent une chambre pour deux (et moi je suis seule, c’est le grand luxe). Les skieurs se sentent privilégiés de participer à cette compétition qui diffère beaucoup des autres : logés, nourris et véhiculés pendant toute une semaine, ils sont bichonnés !
Je suis aussitôt accueillie par l’équipe des organisateurs déjà sur place et très active depuis quelques jours.
Ils vont être mis à l’épreuve tout au long du séjour et certains le prennent comme un défi personnel… Les occasions de perdre son sang-froid sont nombreuses dans l’événementiel ; ils sont à l’écoute et disponibles malgré la fatigue ; une organisation de grande qualité et beaucoup de professionnalisme !
Selon Aurélien, l’un des piliers de l’équipe, c’est simple, ils sont tributaires de deux facteurs majeurs : No 1 : le temps, qui va déterminer si l’état de la neige printanière permet le ski, si l’état du ciel permet aux hélicoptères de décoller sachant que la situation peut changer d’une heure à l’autre. No 2 : l’humain, avec ses retards et oublis de matériel (elle est où ma chaussure de ski ?).
À cela, une difficulté supplémentaire : la gestion des transports pour atteindre la station à une heure et demi de la ville.
L’équipe technique, composée de caméramans, photographes et journalistes, tous passionnés de sports extrêmes, seront aussi susceptibles de devoir travailler de nuit pour rendre l’information à temps au continent européen, qui se réveille… 6h avant nous (quelle idée ces fuseaux horaires !)
Accompagnée d’un photographe et d’un journaliste, je visite la place de l’université qui témoigne des manifestations estudiantines qui remuent la ville ; les banderoles et affiches revendiquent la gratuité des écoles supérieures pour tous. On s’immerge ensuite dans l’ambiance typique du marché couvert (j’adore) où, dans un joyeux brouhaha, les locaux mangent aux côtés des touristes.
Ouverture de la compétition avec la présentation des équipes. Le choix des riders s’affrontant en duel est fait par les capitaines, Kaj Zackrisson (Team Europe) et Mark Abma (Team Americas). L’atmosphère est bon enfant malgré la petite tension qui pointe à la veille du grand jour. Pour immortaliser les duels, on termine par des clichés des riders mimant la confrontation dans une partie de jeu d’échecs… sympa l’idée !
Aller simple pour le Big Mountain Freeride !
Le trajet pour la station de ski se fait en minibus au son du reaggaeton local plutôt entraînant, presque trop, vu la conduite de notre chauffeur ; Emporté par son enthousiasme, il se presse sur la route dangereusement sinueuse, et bien des passagers ressortent nauséeux de l’expérience.
À travers la vitre, de nouveaux paysages, sauvages, défilent : les cactus font place à quelques sapins dans un sol qui reste très aride malgré la proximité de la neige.
La soixantaine de personnes qui participent à cette journée de Swatch Skiers Cup “Big Mountain Freeride” sont héliportés jusqu’à l’arrivée de la course à 3500 m. Ça sera mon baptême de l’air en hélicoptère… Magique de surplomber les sommets sauvages des Andes !
Et quel privilège quand on sait que “seulement 1 % de la population de Santiago a skié une fois dans sa vie, car le forfait est très cher pour les locaux” me dit Chopo Diaz, Chilien du Team Americas.
Après un discours d’introduction des capitaines des deux équipes, le départ est donné. Sous un ciel bleu intense, nous assistons aux magnifiques descentes (400 m de dénivelé) des riders qui ont déjà plus ou moins repéré leur trajectoire et nous réservent de belles surprises. Markus Eder (ITA – 20 ans), par exemple, qui choisit une ligne visible seulement depuis l’hélicoptère dans une série de couloirs de 10 à 15 m de falaises. Chacun a droit à une interview passé la ligne d’arrivée ; un exercice difficile pour le caméraman qui doit protéger sa caméra des bourrasques de neige provoquées par les allers-retours de l’hélicoptère.
Le bilan de la journée est une belle victoire pour les Européens : 6-2 ; un seul match par limite de temps. Le Team Americas avec Oakley White-Allen (USA) et
Chopo Diaz (CHI) remporte les deux premiers duels puis les Européens raflent le reste. Quand je demande à Kaj, capitaine des Européens, s’il a trouvé difficile la descente, lui qui a l’air tellement sûr de lui sur ses skis. Il me répond : “c’est toujours difficile mais, oui, je suis sûr de moi”. Avant la journée de freestyle, il m’avouera en revanche qu’il l’appréhende car ce n’est pas son terrain de jeu favori ; malgré cela il remportera la bataille.
Mi-temps à Punta de Lobos
Expédition surf-barbecue à trois heures de Santiago (heu, 4h vu que nos chauffeurs se perdent en route). Le paysage se décline en différentes tonalités : des horizons verdoyants de saules pleureurs, des eucalyptus font place à des mélanges d’arbustes et de cactus qui poussent de manière sauvage, parsemés d’orangeraies.
La célèbre Pointe des Loups “Punta de Lobos” nous attend pour une après-midi de surf. Certains de nos fous de la glisse sont aussi expérimentés sur l’eau que sur la neige et pour quelques uns (dont je fais partie), c’est une première.
Les vagues sont magnifiques et il y a peu de monde sur ce spot réputé. Incroyable, les conditions sont juste “tellement idéales”. Pour moi c’est une première expérience réussie ! Grâce au coaching efficace d’Elisabeth, organisatrice et seule autre représentante féminine (ouf), je réussis à me mettre debout sur ma planche. J’en ressors avec un sourire jusqu’aux oreilles de béatitude.
C’est certainement cet élixir de vie qui anime nos passionnés de ski et les fait souvent marcher des heures dans la neige et le froid à la recherche du site idéal. C’est en tout cas ce que je crois voir briller dans leurs yeux avec un éclat tout particulier.
Un barbecue convivial nous attend dans un lodge stylé pour surfeur, le Chilean Waves, autour d’un feu qui ne sera finalement pas allumé mais donne le ton à une ambiance décontractée de colonie de vacances.
Backcountry slopestyle : La revanche
Soleil radieux. Nous voilà cette fois-ci réunis à la station de ski de Valle Nevado pour assister au second volet de la compétition, le fameux “backcountry slopestyle”, préparé par le shaper David Ny.
Posté sur une terrasse, le cercle des médias s’est largement élargi aux presses chilienne et argentine.
Un peu d’anxiété, quelques pertes de skis dues aux conditions de neige un peu gelée à l’atterrissage du premier saut, mais le spectateur ne voit que des suites vertigineuses de cabrioles. À savoir qu’aucun rider n’a testé la piste avant de s’élancer, chacun n’a fait que des repérages visuels.
Certains skieurs choisissent la ligne qu’ils vont emprunter, en les étudiant soigneusement ; d’autres improvisent une fois sur les lattes.
Henrik, doublement gagnant aujourd’hui a un peu mal au dos à la suite d’un
atterrissage brutal : “quand tu es jeune, tu ne connais pas tes limites et tu les cherches, tu ne connais pas la peur non plus et, plus vieux, tu sais où elles sont et apprends à les respecter”. Pour la plupart, les fractures et contusions font partie de la routine.
La remise du trophée au Team Europe se fait dans la détente et la joie : ils gagnent 14-10. Malgré les performances de Rory Bushfield (CAN) et Dylan Hood (USA), le Team Americas ne parvient pas à renverser le score. Et c’est un match nul à la fin de cette deuxième épreuve en deux manches ; “tout le monde n’a qu’une envie, c’est de revenir l’année prochaine pour gagner cette coupe !” Mark Abma (CAN), capitaine du Team Americas.
Le caméraman aimerait faire un dernier tournage qui en jette : les deux équipes filmées par l’hélicoptère sur le toit de la plus haute tour de Santiago. Ouah, c’est presque Hollywood, ma parole !
Terrasse de l’hôtel : cocktail partagé avec bonne humeur, apéritif délicieux, cérémonie de clôture et film des séquences phares de la semaine. Une petite émotion me traverse. Cette belle équipe est sur le point de se séparer après avoir vécu des journées intenses et riches en partage. La soirée se prolonge dans l’espace VIP d’une boîte de nuit peuplée de touristes et de locaux branchés dansant sur des ondes d’électro.
De l’avis général, cette semaine a été une vraie réussite “et ça sera difficile de faire mieux”. Très différente des compétitions ordinaires, l’entraide et l’esprit d’équipe ont été de la partie. Selon Nicolas Vuignier (SUI), “d’habitude c’est chacun pour soi mais, cette fois-ci, ton équipe t’encourage au départ”.
Pour moi, ce fut un grand plaisir de côtoyer ces aventuriers de la neige qui rayonnent de belles énergies positives. Beaucoup ont une grande expertise dans la maîtrise du mental et ça se sent. Des personnalités enjouées et confiantes qui savent prendre des risques. Faire de l’impossible un possible. Très inspirant et dynamisant. Ont-ils des trucs ? “Le souffle, pour m’aider à surmonter le stress sur les skis et dans la vie”, me répond Oakley (USA) qui mime une profonde inspiration suivie d’une expiration.
Chacun va retrouver ses activités : entraînements pour la saison prochaine mais aussi promotion de bâtons de skis écologiques en bamboo (Oakley) ; finalisation de ses études menées en parallèle (Nicolas), organisation de sa propre compétition en Argentine (Seb Michaud (FRA)), diffusion de leur marque de vêtements de ski (Kaj et Sverre).
Vivement l’année prochaine qui verra la seconde édition de ce nouveau-né original Made by Swatch, fun et déjà très apprécié.
D’après Richard Permin (FRA) : “Je pense que c’est la meilleure ambiance que j’ai connue dans une compétition”.
Infos, photos et vidéos sur skierscup.com
Team Europe
Kaj Zackrisson (SUE – 39) capitaine
Sverre Liliequist (SUE – 39)
Seb Michaud (FRA – 38)
Richard Permin (FRA – 26)
Nicolas Vuignier (SUI – 20)
Markus Eder (ITA – 20)
Henrik Windstedt (SUE – 28)
Chris Booth (AUS – 23)
Team Americas
Mark Abma (CAN – 31) capitaine (blessé)
Chopo Diaz (CHIL – 28)
James Heim (CAN – 29)
Oakley White-Allen (USA – 32)
Rory Bushfield (CAN – 28)
Josh Bibby (CAN – 28)
Dylan Hood (USA – 27)
Matt Margetts (CAN – 23)
Dana Flahr (CAN – 29)








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