DE   FR   EN  

DEPTH OVER DISTANCE

LE PLUS MÉLANCOLIQUE DES FILS DE DEVON (UK) EST PRÊT À PARTAGER
UN OCÉAN DE FOLK SINCÈRE
Par Gemma Freeman (de l’anglais par Ismael Tlili) – Photo: Rebecca Miller

benhoward

L’ÉTÉ MEURT. LES CHAMPS LABOURÉS DU SUD DE DEVON SONT RECOUVERTS DE BOTTES DE FOIN. LES BRISES AUTOMNALES ONT DANSÉ DE L’ATLANTIQUE AUX TERRES, SOUFFLANT FROIDEMENT ET REMPLISSANT L’AIR D’UNE FRAÎCHEUR PRÉMATURÉE. LE SOLEIL ESSAIE DE REPRENDRE LE DESSUS SUR LES CIEUX, MAIS LA LUMIÈRE EST PONCTUÉE DE CHUTES D’EAU. ASSIS SOUS UN BALDAQUIN POUR SE MAINTENIR À L’ABRI DES AVERSES, BEN HOWARD EST BIEN ENVELOPPÉ DANS UN HOODIE QUIKSILVER, RÉCHAUFFANT SES POUMONS D’UNE CIGARETTE ROULÉE QUI, ENTRE DEUX BOUFFÉES, PEND À SA BOUCHE.

Nous sommes devant le vieux Stempacket Inn, les quais de Saint Peter devant nous, les collines verdoyantes se déroulant dans notre dos à l’extérieur de la ville de Totnes, une des plus vieilles cités d’Angleterre, nichée entre les landes de Dartmoor et la sensationnelle côte Sud.

Svelte, des cheveux d’un blond foncé déteints par le sel de mer, de profonds yeux bleus, un baggy, un léger bronzage, il est comme la majorité des locaux de la classe moyenne, un coeur bohème, des parents hippies, cultivé et obsédé par le surf. Mais ces généralités sont trompeuses : Ben possède l’une des voix les plus uniques de notre génération – rauque et mélancolique, trempée dans le whisky et prête à lacérer le coeur brutalement – capturée sur un premier opus magique, Every Kingdom. Avec un talent intemporel, ce jeune troubadour folk-rock se retrouve facilement dans la lignée des inspirations d’antan, Nick Drake, Joni Mitchell, John Martyn et Al Greene, ainsi que l’élite acoustique actuelle comme Ani Difranco ou Kaki King de par sa maîtrise de la rythmique.

Ses paroles écrites avec précaution ajoutent une touche d’avant garde, mariant les pôles opposés, des mélodies enjouées et de sombres tragédies, pour dépeindre des endroits, des personnes et des incidents de sa vision actuelle. Accompagné par son groupe permanent, sa violoncelliste India Bourne et son batteur Chris Bond, le trio est capable d’immortaliser et de retranscrire un panthéon d’émotions. De la sensation élévatrice d’un bonheur rock à une hantante et dégarnie harmonie vocale au travers de leurs balades. Élevé dans une famille amatrice de musique (sa mère avait pour habitude de jouer de la guitare et de la flûte lors de soirées locales au cours desquelles, son père batteur, était son plus grand fan), il est imbibé de Led Zeppelin, Jimi Hendrix, Martyn, Mitchell, Pink Floyd, Bob Dylan, Richie Havens et autres. Enfant, inspiré par leur musique, il a commencé à composer comme par osmose.

“J’ai réparé une des vieilles guitares de ma mère quand j’avais huit ans, c’est une belle petite chose, quarante ans, des cordes en nylon sur laquelle je joue encore. J’ai pris des leçons, mais l’idée de devoir organiser quelque chose qui doit être créatif m’a refroidi dans le temps. Nous avions pour habitude, ma soeur et moi, d’écrire des petites chansons niaises où nous arrangions des mots de toutes sortes. La guitare était ma motivation pour écrire des chansons, j’ai toujours aimé écrire et composer depuis que j’ai environ 12 ans.”

Et oui, au moment où Ben se trouve sur les sentiers de la gloire, il faut préciser qu’à l’origine son seul désir était de surfer. “Gamin j’ai toujours rêvé d’être surfeur pro, mais à l’âge de 14 ans j’ai réalisé que ça ne se ferait jamais. Je fumais trop et était conscient que je n’étais pas assez bon. L’ironie, c’est que maintenant, beaucoup de ma promotion se fait au travers des médias du surf. Un monde par lequel je reçois beaucoup de soutien. Je suis sponsorisé par Quiksilver, ce qui m’a permis de rencontrer Kelly Slater et bien d’autres, tout cela grâce à ma musique.”

Avec Quiksilver lui fournissant l’attirail nécessaire et un budget pour ses déplacements, Ben collabore aussi avec Surfers Against Sewage. Il récolte des fonds pour cette organisation via ses concerts, tout en promouvant les actions de nettoyage des plages auprès de ses fans. Toujours inspiré par la philanthropie de sa sœur.

“La plus grande similitude entre le surf et la musique est l’intensité de la concentration qu’ils requièrent, spécialement en live : tout ce que tu as en tête pendant l’heure qui passe est la musique. Ce que fait ta guitare, ta voix, la relation que tu entretiens avec le public. Il n’y a d’espace pour rien d’autre parce que tout est amplifié, et ce, surtout quand le public a accroché.”
Vivre à Totnes, loin de l’incestueuse scène musicale Londonienne avec toutes ses cliques, clichés et pressions de la part de l’industrie, permet à Ben de perfectionner son art angélique : rester fidèle à son âme, ses racines et au paysage qui le défini.
“Ma vie ici à suivre la houle fait de moi quelqu’un de terre à terre. Mes amis sont toujours dans les parages. Je me ferais épingler si je faisais des miennes.”
“On peut si facilement se laisser déborder par tout ce qui est emails, portables, appels, toutes les conneries du genre si on se laisse distraire. Pour ma part je ne prête attention à rien de tout ça jusqu’à midi. Puis je sors, m’assieds dans un champ et commence à passer mes coups de fil. Ainsi je me maintiens à l’abri de la panique et du stress du monde.”

C’est le pouvoir de concentration et d’inspiration par l’osmose qui guide la philosophie créative de Ben : “Tu es influencé constamment par tout et partout. Aussi longtemps que tu t’entoures de choses positives, tu crées quelque chose de similaire.” Alors avec cet avenir de vedette qui l’attend, que va-t-il advenir de cet humble musicien ? “J’adore le fait d’être capable de voyager pour la musique, je ne le fais que pour ça. Si je peux continuer à parcourir le monde et jouer pendant quelques années, et bien rien ne me rendra plus heureux.”

myspace.com/benhoward
musicglue.net/benhoward

Laissez un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree Plugin