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VODKA ? DA !

PETITE VIRÉE SKATE AU PAYS DE TCHERNOBYL
Par Bastien Duverdier - Photo: Kévin Métallier

ukraine

ENTOURÉ DE PAYS OUBLIÉS TELS QUE LA BIÉLORUSSIE, LA ROUMANIE OU LA MOLDAVIE, L’UKRAINE NE DÉROGE PAS À LA RÈGLE EN RENTRANT DANS LA LISTE DES PAYS DONT TOUT LE MONDE SE FOUT ÉPERDUMENT. ET S’IL Y A BIEN UN MOT QUI SURGIRA D’UNE VAGUE CONVERSATION GÉOGRAPHIQUO-HASARDEUSE AVEC LES POTES DE LA CASERNE EN PAUSE-CLOPE, IL Y A DE FORTE CHANCE QUE CE SOIT “TCHERNOBYL”.

Joseph Biaie est en train de bosser dur, afin de rééquilibrer la crise économique européenne. Il était bel et bien assis à son bureau, rasé de près, smile-entreprise, s’exprimant à ses collègues avec un vocabulaire professionnel irréprochable. Mais derrière cette brillante façade, Joseph s’en bat les couilles et utilise son temps de travail pour organiser un voyage en Ukraine avec ses potes baroudeurs : Péri le filmeur, Genin le caissonneur, Métallier le photographeur et moi même le jambon-de-bayonneur.

On sort enfin notre nez de l’aéroport et ne tardons pas à trouver un taxi au profil pas très officiel. N’ayant aucune notion de la valeur de la monnaie locale et du tarif habituel de la course, nous prenons malgré nous, l’option “pénétration anale avec gravas” en payant le triple du prix à un chauffeur peu scrupuleux.

Nous voilà à Kiev, l’ambiance générale nous parait assez froide, enfin c’est surtout les hommes qui dégagent peut-être une petite aura de gaieté et de bonne humeur, mais trop bien cachée derrière une corpulence de bûcheron d’érable, et parfois un faciès de tueur en série qui fait ravaler le sourire niais du touriste avoisinant.
Les femmes se divisent en deux générations, celles des + de 60 ans avec souvent un bouc dru, une tête emmitouflée dans un foulard à fleurs fanées et la brochette de dents en or qui envoie grave dans les soirées R’n’B. La jeune génération est incroyablement bien modelée, souvent dans du sexy fluorescent et des talons hauts qu’elles ne quitteraient même pas pour acheter un rouleau de PQ dans une épicerie de nuit. Cet habillement à l’arrière goût porno, ravive le goût tabou des hommes pour la vulgarité féminine, et ça fait du bien.

Alcoolisante et alcoolisée, Kiev est une capitale où l’on ne voit pas clair. Les quelques kopeks du fond de la poche ne tarderont pas à être noyés à n’importe quel moment de la journée, dans une bière pression sortie tout droit de la tireuse d’un des innombrables stands à bière ou bars de la cité. Et c’est valable pour tout le monde, y compris la police, qui, dans un parfum de corruption et une haleine positive à l’alcootest, n’hésite pas à redéfinir les règles du gardien de la paix, afin de comprendre le véritable sens de l’insigne agrafé sur leur blouson : “pourri jusqu’à la moelle”. Un message qui a été très vite assimilé après notre arrestation par une équipe de képis aux yeux vitrifiés par la vodka. L’hypocrite motif était de se balader avec une bière vide à la main. Après une longue déblatération en anglais à l’accent russe, le talky walky a sonné et ils ont filé. Pas plus de 200 m ont suffi pour une deuxième fouille policière offerte par la maison en guise de bienvenue, sauf qu’à la fin de l’interpellation, c’était aussi simple que la recette d’un œuf au plat : “Vous payez, on oublie, vous payez pas, on vous fait un tarif sodomie avec gravas, et vu que l’on s’en était déjà offert un en début de séjour, on s’est dit que cela ferait un peu trop, on a aligné les billets sans rechigner.

Les gardes de sécurité ne sont pas plus tendres avec le skateboard, et le facteur “coup de pied au cul” n’est pas négligeable, et c’est souvent sur un ton qui ne donne définitivement pas envie d’épiloguer des heures en essayant de les convertir à l’adoration du skateboard. On se contente d’encaisser une série de mot russkof qui sonnait très nettement comme “dégage sale français de merde”, et c’est vrai que sur ces teintes accueillantes et chaleureuses, on n’a pas vraiment montré le visage d’une France rebelle et contestataire tel qu’on sait le faire au sein de notre chère patrie. Idem face au gardien d’une banque qui nous a fait signe de déguerpir d’un petit geste de la main, avec autant de mépris que pour une mouche à merde qui se serait posé sur sa lèvre. La seule fois où Kévin a ouvert sa bouche, c’était face à un couple de vieux inoffensifs. Il en a profité pour montrer une France drolatique et décontractée en leur posant des questions du style “Do you like reggae ?” ou “Do you like death metal ?”, et après acharnement, il réussira enfin à leurs décoincer un semblant de sourire, enfin on parle d’une ou deux rides au coin de la bouche, vu la difficulté générale qu’ils ont à sourire, provoquer un rictus à des Ukrainiens non bourrés relève du miracle.

La confiance de Kévin va vite redescendre quand ce qu’on voulait éviter à tout prix arriva : dans le métro, un mec déboulant de nul part sauta sur Kévin pour une raison encore inconnue et fit une distribution cadeau de patates dans la gueule, de surcroît devant des flics qui n’ont pas bougé le petit doigt. Il l’a ensuite tiré par le bras vers une porte de service, mais Kévin n’aimant ni la pénétration ni les gravas, décida de ne pas se laisser faire et le mec lâcha finalement prise.
Pendant ce temps, Joseph le rockos poinçonnait son ticket quand il s’aperçut que son pin’s à motif aviation de guerre n’était autre que le petit logo agrafé sur la poitrine bedonnante de la surveillante du métro. Il aurait pu faire une petite vanne de sympathie, mais vu la conjoncture actuelle du sourire en Ukraine, il n’a pas insisté.

Je force un peu le trait, mais avec beaucoup de compassion pour ce peuple, sans oublier tous ceux qui nous ont accueilli et l’histoire qu’ils ont subi. Envahie par l’armée rouge, réprimée par Staline, traversant “l’Holodomor” une famine fabriquée de toute pièce pour rallier le peuple par la faim à l’URSS, ce n’est qu’en 1991 que l’Ukraine devint réellement indépendante. Quand un gouvernement surveille les faits et gestes de son peuple durant des générations, il ne peut pas en sortir indemne.
La monnaie est le Grivna et les centimes sont appelés “Kopeck”, Maxime confondait toujours le mot “grivna” avec “roubignole”, une allusion assez étrange à première vue, que l’on n’a pas réussi à comprendre… Bref, finalement on s’est tous mis à compter en roubignoles. Pour vous donner une idée : 1€=11 grivnas (roubignoles)
Un kébab : 2O roubignoles, une bière : 5 roubignoles, un paquet de clopes : 5-1O roubignoles, une bouteille de vodka : 35 roubignoles, un McDo : 3O roubignoles, une visite à Tchernobyl : 1OOO roubignoles…

On a un peu hésité concernant Tchernobyl, ça fait relativement cher pour une bronzette radioactive. On a tâté le terrain pour savoir si cela valait le coup. Il y a les “pour” qui veulent y aller pour un peu de culture G et surtout pour dire “Vous avez vu les mec ? ! Je suis un vrai baroudeur de l’extrême non ?”, et puis il y a les réfractaires ne voulant pas courir le risque d’une progéniture mal formée, avec un nez qui rejoindrait le trou de balle, des yeux incrustés derrière les genoux ou je ne sais quelles horreurs. Les déchets radioactifs enterrés ont encore 20’000 ans à tirer avant de complètement disparaître, et pourtant les locaux m’ont tous certifié qu’ils y a les légumes importés de Tchernobyl… On y a finalement renoncé.

Les “viennoiseries” Ukrainiennes sont souvent fourrées, et vu que l’on ne comprend rien, c’est toujours la surprise quand on en prend une. C’est vrai que le matin, quand vous décollez vos paupières en douceur avec un bon café et une pâtisserie alléchante, que vous croquez à pleines dents avant de vous rendre compte qu’elle est fourrée aux abats de porc, vos paupières seront grandes ouvertes, mais avec la nausée d’un neuvième mois de grossesse. À force de tests, vous finirez par trouver le fourrage qui vous conviendra. Il y en a des très bonnes, surtout celles au fromage.
Le restaurant qui a retenu notre attention n’avait rien à voir avec les spécialités du coin, c’était une pizzeria. Ils auraient pu faire du passe-partout en l’appelant”PizzaToto” ou “La pizz’a papa”, mais ils ont préféré sortir le grand jeu, la maison s’appelait “MAFIA”. Elle était à l’effigie des plus grands mafiosos Italiens, avec une décoration sombre, entourée des plus grands parrains de la drogue bien encadrés au dessus de nos têtes. La spécialité de la maison ? 1 m de pizza pour 100 grivnas ! On s’est tapé 3 mètres de pizza à 5, on aurait pu les prendre à emporter, mais si vous n’avez pas au moins un Volvo Break, vous n’avez pas d’autre choix que de les sangler sur le toit, donc par la force des choses, on est resté sur place.
Denis, notre contact Ukrainien, est un mec bien, toujours le sourire, se pliant en 4 pour nous, il nous a conduit sur tous les spots qu’il avait dans son sac. Il était à bloc de tuning… Avec la frange en bois vernis qu’il avait collé sur les cotés de sa caisse, on se sentait un peu au rayon lattes de lit chez Casto.

Denis, c’est aussi un bon skater, avant il était sponsorisé par un skateshop et puis manque d’émulation, il a lâché l’affaire… Maintenant il se consacre à la vidéo, mais son vrai rêve serait de monter la première vraie marque de skate Ukrainienne. Sauf qu’ici la corruption gangrène le pays, et la situation est critique. Il est quasiment impossible de créer une entreprise en Ukraine sans payer de bakchich en tournant chaque poignée de porte, à part si le carnet d’adresse de papa est rempli de numéros oligarchiques, il faut bien se rendre a l’évidence, ici les issues ne sont pas bien larges…

Un grand merci à Denis et Lessia pour leur gentillesse, ainsi qu’à OKDADDY pour leur soutien.

Le blog OKDADDY : ok-daddy.com

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