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ARYTHMIE

prédétermination génétique
Par Ela – Photo Timo Jarvinen/Quiksilver

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L’expression “perdre le rythme” m’amuse énormément. Premièrement, en raison de son double sens en allemand où elle trouve une autre signification: “passer de mode”. Ce rapprochement éveille en moi l’image d’une femme mariée qui, parce qu’elle perd le rythme, est rangée dans une boîte au grenier comme une vieille robe ringarde. Et deuxièmement, je trouve que c’est ironique d’utiliser cette expression en Europe occidentale. Sans vouloir blesser personne ; comment bon sang avons-nous trouvé l’idée de perdre le rythme, alors qu’on ne l’a jamais eu ?

Quelques exemples : J’ai tapé sur YouTube “Dancing Swiss Baby” et j’ai trouvé une vidéo d’un bébé, visiblement victime de problèmes moteurs, qui ressemblait plutôt à une roulade de boeuf sautillant dans une flaque. Puis, j’ai remplacé “Swiss” par “Brazilian” et je suis tombé sur un poupon haut comme trois pommes qui dansait la samba en couches-culottes à faire passer le déhanché de Shakira pour de la gym pour le troisième âge. Peut-être que la tradition musicale n’aide pas. Les choeurs de jodle, nos musiciens modèles, savent certainement se tenir aussi droits que la garde royale d’Angleterre, mais s’ils participaient aux concours rythmiques des JO, ils auraient plus de chance de ramasser des points en natation synchronisée qu’en performance rythmique. Il en va de même pour moi : 14 ans de ballet classique et sept ans de cours de piano n’ont pas suffi à me donner une once de sens du rythme. Récemment, lors d’une soirée à Lisbonne, je n’ai pas arrêté de marcher sur les pieds de mon partenaire, un latino un peu mièvre. Il a fini par me susurrer à l’oreille qu’il fallait que je me détente, qu’il ne voulait pas me faire de bébé, mais juste danser. Aouch !

Les faits sont là : notre problème rythmique est d’origine génétique, et tôt ou tard, le même destin que celui des vieux habits nous attend. Le salut se trouve peut-être dans le croisement avec d’autres nations qui ne souffrent pas du même problème génétique. De ce point de vue-là, j’aurais peut-être dû faire des bébés avec mon cavalier lisboète. J’ai manqué ma chance.

Je tombe alors raide dingue d’un suédois aux origines espagnoles et je décide de lui rendre visite sur la côte atlantique française. Bravo, excellente idée ! En terme de rythme, c’est comme si Roxette rencontrait le flamenco, un crescendo en soi déjà. Mais bon, mes racines au coeur des Alpes ont réussi à pourrir ce très prometteur délice rythmique en moins de 12 heures. Il ne me restait plus qu’à me préparer mentalement
à être jetée au grenier. Quelques semaines plus tard, j’entreprenais un week-end shopping à New York pour m’assurer que les vêtements que je porterai dans ma boîte en carton au grenier soient de bonne qualité. Mais ma rencontre avec Alicia changera ma vie à jamais. Alicia est une aimable vendeuse d’une boutique du Lower East Side. Elle vend, visiblement en touchant des commissions, des chaussures indécemment chères. Je me retrouve à faire les cent pas dans une de ces paires, sans pouvoir me décider à la prendre ou non. Alicia, avec des phrases comme “They look so good on you” et “You really shine in them” se plaçait de mon côté, mais sa technique de vente peu subtile ne m’avait pas tout à fait convaincue. Je voulais ranger les chaussures lorsqu’elle me sort cette dernière phrase : “They are so timeless, too, they will never go out of fashion…” Boom ! Jeu, set et match. Je venais de trouver des compagnons pour la vie. Grâce à ces chaussures, je resterai pour toujours dans le rythme et elles me garderont du grenier. Deux minutes plus tard, je sortais de la boutique, mes deux chéries aux pieds, soignée de ma faille génétique… En pas de trois, ça va sans dire.

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