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CHRIS

LE PIERCING DANS LA PEAU
Par Fabio Bonavita – Photo : benny-t.com

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DEPUIS PLUS DE QUINZE ANS, CHRIS EXERCE COMME BODY-PIERCEUSE À LAUSANNE. ELLE A VU DÉFILER DES MILLIERS DE CLIENTS DÉSIREUX D’APPOSER UN BIJOU SUR UNE PARTIE DE LEUR CORPS. RENCONTRE AVEC UNE ARTISTE DE LA MODIFICATION CORPORELLE.

Chris est une institution lausannoise. Le nombre de personnes qu’elle a percé importe peu. Il se chiffre certainement en milliers. Ce qui compte, c’est son histoire, sa manière d’appréhender l’art de modifier le corps. Son recul face à une pratique qui a changé. «Quand j’ai commencé, en 1996, c’était les débuts du piercing. Tout est arrivé un peu par hasard. A un moment donné, une porte s’est ouverte et je me suis engouffrée dedans. A l’époque, nous avons ouvert le premier salon qui mêlait piercing et tatouages à Lausanne. J’avais 25 ans et peur de rien». Et le succès est fulgurant. «Il y avait une demande latente. Grâce à l’ouverture de cet espace dédié à la modification corporelle, les gens ont pu assouvir leurs envies. C’est parti à fond!».

Une nouvelle tendance
L’artiste se souvient d’une année folle. «En 2000, ce fut un boom incroyable. Nous n’arrêtions pas du matin au soir. Les gens affluaient par dizaines pour se faire percer chaque jour». Depuis, l’effervescence de l’époque s’est un peu calmée. La concurrence a fleuri et le piercing s’est fait plus discret. Les micro-implants qui se sont imposés. Moins controversés, plus petits, et permettant des compositions plus complexes avec l’apposition de plusieurs bijoux sur un endroit du corps, ils font fureur. Ils ont aussi redonné une nouvelle énergie à un métier qui tendait à se répéter. «Cela fait toujours plaisir d’avoir de nouveaux défis, cela relance notre créativité». De la créativité, Chris n’en a jamais manqué. Du recul non plus. C’est toujours en étant consciente des conséquences de son art sur le corps qu’elle exerce son métier dans son salon installé sur les hauteurs du Petit-Chêne. Du coup, lorsqu’on lui demande les évolutions constatées, la réponse fuse : «Le piercing est malheureusement devenu un produit de consommation comme un autre. Avant ce n’était pas le cas, les gens étaient très attachés à leur pierceur ou tatoueur. Les 15-25 ans spécialement ne réfléchissent pas à la qualité de ce qu’on va leur proposer. Ils veulent un piercing et tout de suite. En fait, je me suis rendu compte que le piercing est devenu un excellent baromètre de la santé sociale d’une population. Il permet d’en apprendre beaucoup sur la manière dont la société se modifie».

Sagesse et espièglerie
Toujours à l’affût des nouvelles tendances dans un domaine en constante évolution, l’artiste lausannoise a aussi très vite compris que pour tenir, il fallait se multiplier. Pour les tatouages, c’est son compagnon Aito qui se charge de réaliser sa spécialité, à savoir des dessins polynésiens. Parti plusieurs mois en Polynésie française, il en est revenu les bras chargés d’idées et de motifs maoris. Un espace onglerie et un autre qui permet l’extension des cheveux sont également présents dans les locaux récemment rénovés par le couple. Bientôt, un autre coin make-up permettra de compléter une offre entièrement dédiée à la modification corporelle. Nous quittons Chris, en découvrant inscrit sur un coin de page «Life goes on». Comme une philosophie pour cette femme qui aime avoir Bouddha et Stitch cohabitant sur son bureau. L’espièglerie et la sagesse, un peu comme elle.

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