Arthur Longo au Royaume du Lesotho. African style
Texte Jason Horton, de l’anglais par Ismael Tlili – Photo Blickinsfreie.de
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Pour son dernier court métrage In Search of Fire, René Eckert s’est rendu avec Arthur au Lesotho, petit état niché en Afrique du Sud, où les différents riders alentours ont su créer une scène florissante dans l’un des endroits les moins enclins à la pratique du snowboard. Cependant, bien que leur implication soit incontestable, ce sont des histoires comme celle de Graham, qui touchent le plus profondément.
Bien qu’il ne soit pas encore considéré comme un vieux sport, ici en Europe centrale, le snowboard n’est plus tout à fait jeune. Les pros comme Longo ont usé des remontées mécaniques modernes, des snowparks et d’équipements nécessaires toute leur vie. Les plus jeunes se rebellent en chaussant les lattes contre leurs parents snowboarders. Voilà la quête de René Eckert, qui parcourt le monde à la recherche de ces personnalités, pour qui le simple fait de monter sur un snowboard représente une victoire de la passion sur l’adversité.

René, comment était ce ride en Afrique ?
C’était en fait plutôt basique : une barre en T à 3330 mètres d’altitude, d’à peu près
300 mètres de long, et de la neige artificielle. De temps à autre, la neige fait son apparition, mais le vent et la chaleur en ont vite raison. Les températures passent d’un extrême à l’autre au cours de la journée.

Quel a été le plus grand choc des cultures ?
Le Lesotho est un pays très pauvre, le 14e mondial, avec d’énormes problèmes de VIH et la majorité de sa population vivant dans la misère. Durant l’heure de voyage jusqu’au domaine nous avons vu de nombreux jeunes enfants le long de la route secouant leurs mains vides. Après avoir conduit au travers des pires conditions
d’existence qu’il m’ait été donné d’observer, nous avons atteint une station de ski moderne dotée de tout le confort technologique imaginable, de restaurants et de remontées mécaniques dernier cri. Tous les clients de la station étaient des blancs ! À l’exception d’un enfant, Graham. Ses grands-parents s’occupent de l’entretien d’une maison appartenant au domaine. Des invités de l’endroit lui ont donné un snowboard et des boots. Nous avons entendu dire que les locaux, ceux de la vallée, étaient conditionnés à avoir peur de la neige et des montagnes, donc ils ne montent qu’exceptionnellement. Graham a un jour tenté sa chance, et depuis il saisit chaque opportunité qui lui est offerte, même s’il doit marcher jusqu’à l’or blanc, ce qui lui prend trois heures. Une anecdote à propos du garçon : il ride goofy bien qu’il prenne les remontés en regular et qu’il est clairement plus à l’aise dans cette position. Arthur a essayé de le faire rider de son bon pied d’appui, mais son héros, le Sud Africain Katlego est goofy, alors il veut lui ressembler.

Quel a été ton highlight lors de ce voyage ?
Je vois des gens chez nous qui ont tellement de quoi être reconnaissant mais qui ont tous l’air si malheureux. Au Lesotho, ceux que j’ai eu la chance de rencontrer ne possédaient rien mais ne s’en plaignaient jamais. C’était une perpétuelle inspiration.

Un point négatif ?
Le fait de m’y rendre a été la pire partie du voyage : il m’aura fallu deux jours et demi. Nous avons quitté Munich avec six heures de retard. À peine décollé, l’avion a amorcé sa descente, un passager subissant une congestion cérébrale. Après un atterrissage d’urgence à Marseille, plus quelques imprévus et un avion raté nous sommes finalement arrivés à J-berg, nos bagages en moins.
Une fois sur place nous avons été submergés par des pancartes et des flyers de prévention contre le VIH et des services d’avortements. Cela a eu l’effet immédiat de nous rappeler dans quelles conditions épouvantables les choses se trouvent ici. Une des pires horreurs que nous ayons entendue, c’est que certaines personnes contractent volontairement le virus, parce qu’une fois dépistées positives, elles ont droit aux aides alimentaires des ONG sur place.

Y a-t-il eu des obstacles, des challenges que tu as dû surmonter dans ta carrière de réalisateur ?
Il y a eu et il y aura toujours des obstacles, mais si tu veux quelque chose assez fort, si tu en es passionné, aucun d’entre eux ne fera de différence. Mon amour pour le snowboard m’a plongé dans la réalisation, et je m’y dévouerai toujours. Mes parents ne conçoivent pas encore que c’est mon métier. Ils pensent juste que je suis dans une longue période de vacances.

Comment était-ce de rider en Afrique ?
Arthur Longo, rider : Notre idée était de partir à la découverte d’une culture, le snowboard n’était qu’une petite partie du voyage. Pour être honnête je me suis senti comme en Nouvelle-Zélande ou un autre pays de l’ouest, pas vraiment en Afrique. La grande majorité des gens sur les pentes était des blancs, passons… il y avait une line fun que j’ai ridé avec des gens heureux.

T’es-tu senti inspiré par les personnes que tu as pu y rencontrer ?
Nous avons fait la connaissance de Graham. Bien qu’il ne vienne pas d’une famille aisée, il se débrouille pour pouvoir glisser chaque jour.

Quel a été ton highlight lors de ce voyage ?
C’était la première fois que je posais mes pieds en Afrique, la meilleure partie était donc d’en découvrir les paysages, des décors jamais vus nulle part ailleurs. J’ai pris un tas de clichés que j’aime profondément.

Des points négatifs ?
Avant de m’y rendre je m’imaginais voir une cargaison de mecs blacks exécutant des tricks dingues sur la neige. Mais en réalité c’est comme partout ailleurs : le ski n’est accessible qu’à une poignée de privilégiés.

Quel est l’endroit le plus étrange que tu aies ridé ?
Disons simplement que c’est étrange de voyager en Afrique du Sud avec un board bag.

Qu’est ce qui t’a poussé à devenir pro snowboardeur ?
Je suis un passionné de snowboard depuis mes 5 ans. J’y ai toujours consacré autant de temps que j’ai pu, et quand je ne pouvais pas, je me passais des vidéos en boucle. Bien sûr que passer professionnel était un rêve, mais c’était difficile de ne compter que là-dessus. Toutes les histoires de sponsors ont commencé tardi. Depuis que j’en suis un, ça se passe plutôt bien pour moi vu que j’aime bien la compétition, voyager, rencontrer des gens et que je suis assez curieux.

Y a-t-il eu des obstacles, des challenges que tu as dû surmonter dans ta carrière de réalisateur ?
Plus jeune, l’école était un problème. Pour pouvoir rider j’ai du intégrer une école de sport, et plus particulièrement pour skieurs, où je ne me sentais pas très heureux. À l’époque je ne ridais que des pipes avec l’équipe de France. Je ne participais qu’aux championnats d’Europe et aux Mondiaux. À ce moment le snowboard a commencé à devenir stagnant et ennuyeux. À 17 ans, je me suis fait renvoyer de cette école et de l’équipe de France, il s’est avéré que c’était la meilleure chose qu’il pouvait arriver à mon snowboard. Être constamment sur la route n’est pas toujours facile non plus, ça rend les relations humaines compliquées à gérer.

Quels sont tes objectifs pour cette saison  ?
Je veux devenir plus performant en pipe. Je vais participer à quelques events en pipe et en slope. J’espère avoir assez de temps pour pouvoir shooter dans de bonnes conditions, aux Etats Unis par exemple.

Un voyage excitant à venir  ?
Surf trip aux Maldives.

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