Les pérégrinations du team Jart en Amérique du Sud…
Texte & Photos Kévin Métallier
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Quelques mois après la sortie officielle du troisième opus vidéo Jart All You Need, retour en images sur un périple atypique en Amérique du sud, entre l’Argentine et le Chili, où une partie du team est partie durant un mois, afin de rapporter les précieuses images de spots inédits de l’autre bout du monde.
Les espagnols Orlando Acosta, David Lougedo, Ivan Rivado, J-M Roura, le français Julien Bêchet, le finlandais Eero Anttila, accompagnés de Seb Abès sagement planqué derrière sa caméra et votre narrateur en charge d’immortaliser le tout sur papier couché, se sont évertués à ajouter quelques savantes cabrioles à leur liste de tricks respective. Un séjour pour le moins mouvementé où les petits impondérables, les défaillances organisationnelles et autres incidents de dernière minute n’auront pas manqué de voyager avec nous, rendant ce périple aussi imprévisible que mémorable. Voici quelques morceaux choisis d’un carnet de route bien rempli…

Le vol IB6845…
Comme trop souvent dans ce genre d’aventure, le prologue commence dans une de ces aérogares aseptisées, celle de la capitale espagnole. C’est ici, que les membres de l’équipe se sont donnés rendez-vous. Retrouvailles au détour d’une enseigne de restauration rapide sans saveur, quelques minutes à peine avant l’heure cruciale de l’embarquement. Dès lors, 12h15 de vol à bord d’un A340 – 600 d’Iberia, nous séparent de notre destination finale : Buenos-Aires. Inconfortablement encastré dans mon siège de classe économique, je ne manque pas de constater dès les premières secondes à bord, l’absence d’écran individuel dans l’appareil. Un détail au combien capital, lorsqu’il est question de rester figé de trop longues heures dans un espace vital pour le moins étriqué. Pourtant, certains de mes camarades ne semblent pas vraiment être affectés par l’absence de ces cristaux liquides, et entament allègrement les festivités à coup de vin rouge bon marché de provenance espagnole. Treize bouteilles plus tard, l’ambiance est assurée à bord et mes compères nous garantissent un divertissement capable de détrôner n’importe quelle série B pour grand public décérébré. Précisons que cette programmation artisanale improvisée ne fait pas franchement l’unanimité auprès des autres passagers, qui auront parfois un peu plus de mal que prévu à trouver le chemin de leur sommeil salvateur. Un rapide coup d’œil à ma montre me rappelle brusquement qu’il nous reste encore 7h42 de vol, l’équivalent de trois longs métrages, ou plutôt dans le cas présent, d’une bonne quinzaine de bouteilles de picrate supplémentaire…

Le Piriapolis…
Notre hôtel, le Piriapolis, se trouve sur l’une des plus grandes artères de Buenos Aires, au 3051 Avenida Cordoba. Un positionnement géographique stratégique, qui devrait nous permettre de retrouver notre route sans trop de problèmes et en toutes circonstances. Détail qui a son importance lorsque l’on sait que certains d’entre nous avaient du mal à retrouver l’emplacement de leur propre siège dans un Airbus ; imaginez alors ce que cela peu donner perdu au cœur de la seconde plus grande ville d’Amérique du sud… Notre chambre, la n°22, située au premier étage de l’établissement, nous donne une vue imprenable sur l’un des innombrables carrefours de l’avenue, où chaque passage au vert s’apparente au départ du plus gros rallye sur bitume de la planète, avec son lot de klaxons, de crissements de pneus, de freinages extrêmes et d’effluves de gaz d’échappement. De l’autre côté de la vitre, à l’intérieur de notre chambre, dans un décor minimaliste, deux lits individuels et un lit double se partagent la surface au sol, que l’on pourrait facilement comparer à la superficie d’une boîte à gants de 4L. Par soucis de confort, nous partagerons cette pièce à deux, tandis qu’Eero et Julien réquisitionnent une chambre supplémentaire, pendant qu’Ivan, Orlando, David et Roura s’accommodent tant bien que mal de leur appartement pour 4 un étage plus bas. Parmi les nombreux attributs non négligeables de notre résidence temporaire, notons la spacieuse salle de bain, qui s’apparente davantage à un pédiluve de piscine municipale avec un trône en son centre dont l’usage de la chasse d’eau requiert un diplôme d’ingénieur en aéronautique. Enfin, la climatisation de la pièce principale se matérialise par un ventilateur (datant probablement du début du 19ème siècle) qui menace de se décrocher à chaque tour et d’emporter quelques têtes au passage. C’est donc dans cet environnement pour le moins dépaysant que nous avons établi notre base, avant de partir à l’assaut des innombrables spots de la capitale argentine…

La visite guidée…
Figurant parmi les vingts agglomérations les plus peuplées de la planète, avec près de 13 000 000 d’habitants, Buenos Aires impressionne par sa taille. L’isolement et les grands espaces semblent être des notions assez inexistantes dans les environs. À l’instar de New York, la plupart des rues découpent la ville en angles droits, formant un immense quadrillage. La cité se compose de 48 «barrios» (quartiers) dont les plus connus demeurent La Boca, Puerto Madero, San Telmo, Palermo ou encore Recoleta. Ville d’origine d’un certain Diego Maradona, elle est également considérée comme la plus «européenne» d’Amérique du sud. Réputée pour sa grande richesse culturelle, du fait de la grande diversité de sa population et de son histoire, elle possède un nombre impressionnant de musées, théâtres, opéras, cinémas… Une abondance culturelle que l’ensemble de notre équipe ne manquera pas d’étudier en profondeur, cela va sans dire. Concernant le skateboard, raison principale de notre venue dans la région, rappelons-le, partir à la recherche de spots propices à sa pratique sans être accompagné d’un guide local, est une mission à peu près aussi inutile que de tenter d’attraper un saumon avec les dents les yeux bandés en mer du nord. Heureusement pour nous, plusieurs camarades de jeu argentins se sont joints à nous afin de nous éviter tant bien que mal, de perdre patience dans cette quête sans fin et nous permettront de skater quelques-uns des meilleurs spots de la capitale durant notre séjour.

Le check out…
Il est un peu plus de 10h ce matin-là lorsque nous sommes sur le point de changer d’hôtel. Une fois de plus, la météo est estivale, et contre toute attente, tout le monde est à l’heure au rendez-vous. Chacun d’entre nous a quitté sa suite de luxe et attend patiemment sur le trottoir devant l’hôtel accompagné de ses effets personnels. Précisons que le volume cumulé de tous nos bagages doit plus ou moins représenter celui d’un semi-remorque, et force est de reconnaître qu’un 36 tonnes garé sur le trottoir ça fait plutôt désordre. Au bout d’une petite heure d’attente les premiers taxis font leur apparition. Ils ne sont évidemment pas assez spacieux pour pouvoir embarquer l’intégralité de notre équipe. Il est donc convenu qu’ils feront plusieurs voyages pour acheminer tout le monde vers notre destination finale. Le seul petit souci réside alors dans le fait que personne ne connaît ni le nom, ni l’adresse de celle-ci. Près d’une demi-heure plus tard, alors que certains d’entre nous sont déjà entassés dans les taxis prêts à partir, on apprend que suite à un mystérieux problème de carte de crédit, nous ne sommes plus en mesure de séjourner dans le nouvel hôtel. En quelques minutes à peine, tout le monde est de retour dans le hall du Piriapolis, avant de reprendre rapidement possession de nos appartements respectifs, sous les yeux médusés du réceptionniste et de la femme de chambre, qui aurait probablement aimé nous expliquer qu’il n’était pas utile de vider nos chambres pour qu’elle fasse le ménage. Finalement, on est quand même bien plus à l’aise dans nos cellules que sur le trottoir…

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La vitre arrière droite…
Comme dans la plupart des mégalopoles du globe, la circulation à travers Buenos Aires est un véritable enfer, et s’apparente davantage au tiercé chez nous. Au bout de quelques jours sur place, nous décidons de louer deux véhicules de tourisme pour toute la durée de notre séjour en terre argentine. Roura et Ivan se chargeront du pilotage, une tache lourde de responsabilité, surtout lorsque l’on connaît l’impressionnant degré de maîtrise de la plupart des conducteurs locaux et le respect quasi-inexistant d’un code de la route virtuel. La conduite ici, consiste davantage à rester en vie que de réussir à rallier un point A à un point B. Ajouter à cela le fait que nous devons en permanence veiller à ne pas perdre l’un des deux véhicules au milieu de cette jungle urbaine, et je vous laisse imaginer l’ampleur du challenge quotidien. Outre la conduite en milieu hostile, le stationnement garantit lui aussi son lot de surprises, plus souvent mauvaises que bonnes d’ailleurs. Par exemple, nous aurons droit à deux reprises, à un petit braquage d’autoradio dans les règles ; cette bonne vieille pratique à l’ancienne demeure apparemment toujours très en vogue chez certains Portenos (Ndlr : le nom que portent les habitants de Buenos Aires). À deux reprises, nous avons donc dû changer la vitre arrière droite et racheter un autoradio, ce genre d’incident n’étant curieusement pas couvert par l’assurance…

La playa…
Mar Del Plata est une station balnéaire située à cinq heures de route au sud de la capitale. Pour s’y rendre, rien de plus simple, il suffit de suivre l’autoroute du sud qui longe la côte. Jusque-là rien de bien compliqué, sauf qu’emprunter l’autoroute en Argentine est une expérience unique, un peu comme faire du vélo sans roulette pour la première fois, ou apprendre à un nouveau né à nager au Cap Horn un jour de tempête : c’est risqué et imprévisible. Une fois encore, nous ne sommes pas au bout de nos surprises, et durant cette petite virée autoroutière nous aurons l’occasion de croiser des véhicules de police en sens inverse, des piétons tentant de traverser la chaussée (à moins que ça ne soit une simple tentative de suicide…), des charrettes tirées par des ânes circulant librement sur la voie de gauche, ou encore des bus en marche arrière. Bref, nous finirons malgré tout par rejoindre Mar Del Plata, sains et saufs, sans le moindre accrochage au compteur ; une performance plutôt remarquable pour les néophytes que nous sommes! Nous voilà enfin à la plage où nous séjournerons une petite semaine. Cette petite bourgade côtière de plus de 600 000 habitants, est souvent qualifiée de «Perle de l’Atlantique» ou de «Biarritz Argentine» en raison de sa prétendue similitude avec la cité basque. En réalité les deux communes ont à peu près autant de points communs qu’une tondeuse à gazon et un dé à coudre. Heureusement, cette ville regorge de spots en tous genres, et notre séjour dans la région sera particulièrement productif au niveau de l’activité sur roulettes et ne manquera pas de ravir les troupes…

Santiago…
Après l’Argentine, il était convenu que nous allions poser nos roulettes de l’autre côté des montagnes, au Chili. Évidemment, comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, ce périple fut très sérieusement compromis suite au dramatique tremblement de terre qui secoua le pays quelques mois avant notre départ. Après avoir consulté les ambassades sur place, ainsi que notre camarade chilien Diego, vivant au cœur de Santiago, nous confirmant que cette région du pays était relativement préservée, la décision fut prise collectivement de maintenir ce voyage. Le survol de la Cordillère des Andes restera définitivement un moment saisissant. Une fois de l’autre côté des massifs, le Chili et sa capitale nous ouvrent leur porte, tandis que des chauffeurs de taxi peu scrupuleux nous ouvrent leur portefeuille. À peine arrivés sur place, nous serons victimes d’une jolie petite arnaque qui nous coûtera 4 fois plus que le prix normal de la course entre l’aéroport et le centre-ville (et oui nos camarades les impondérables ne sont pas restés de l’autre côté des montagnes, mais nous accompagneront bien jusqu’à la fin de notre séjour, c’est beaucoup plus fun…). Malgré ce petit incident supplémentaire, ces quelques jours passés au Chili ne manqueront pas de nous dépayser, et clôtureront notre voyage au sud de l’équateur sur une note largement positive, à tous les niveaux.

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L’épilogue…
Ce séjour en Amérique du sud fut à bien des égards une expérience atypique, pour le moins inattendue, riche en rebondissements et où la notion de hasard occupa une place prépondérante. Un trip qui restera définitivement gravé dans nos mémoires. En d’autres termes, si la majorité des touristes viennent jusqu’ici pour danser le tango, en ce qui nous concerne nous avons pris davantage de plaisir à faire du smurf sur les trottoirs : à chacun son style ! D’ailleurs comme le dirait si bien Eero : «Here, it’s all about luck !!!», il n’avait peut-être pas tout à fait tort…

Remerciements : Jorge «Ladas» Amarilla notre guide intérimaire, les employés du Piriapolis pour leur amabilité et leur compréhension, tous les locaux que nous avons croisé durant notre séjour et particulièrement Brendan et Milton. «El Mutante» pour son goût du spectacle,

Diego Rojas pour son aide précieuse, sa patience et son sens de l’hospitalité, sans oublier le coiffeur gay du New Look Shop pour la coupe de cheveux à 28 pesos.

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