reyes_0096Au delà des apparences
Texte Ismael Tlili – Photo benny-t.com

Pour les Lausannois, il est une voix familière. Il les accompagne dans la rue lorsqu’ils errent entre St-Laurent et St-François. Sur la scène skate suisse, il sert d’inspiration avec son style manifeste et créatif. Un réel plaisir pour les yeux. Dans ce numéro se dirigeant vers les cimes, nous vous proposons la bande son adéquate, celle d’Alejandro Reyes.
Je me souviens de la première fois que j’ai vu ce petit prodige. Ouchy était encore ce qu’elle était, et ce spécimen débarque. Il ne met pas plus d’une seconde à rentrer un trick qui me fait jubiler. Je claque ma planche par terre. Cette sensation, beaucoup d’entre-nous l’ont ressenti grâce à lui. Merci de nous faire rêver.

Parle-nous de ta passion pour le skate.
Il y a huit ans, mon frère a ramené à la maison, le jeu vidéo Tony Hawk. J’étais fébrile au premier abord, tout me paraissait irréel, impossible. Mais dans le jeu on trouvait aussi des vidéos, j’ai immédiatement accroché, c’était donc possible. On s’est cotisé avec un pote pour s’acheter une planche à la grande frayeur de mes parents qui m’ont obligé à porter des protections. J’ai évolué petit à petit. J’ai entendu dire que c’était à Ouchy que les choses sérieuses se passaient, et donc décidé d’aller m’en rendre compte par moi-même. Là c’est un tout nouvel univers qui s’est dessiné devant moi, j’y ai rencontré des personnes de tous horizons, mais surtout des hispaniques comme Juan qui m’ont beaucoup inspiré. Ils m’ont fourni l’élan nécessaire pour suivre ma progression.

Quel est ton rapport au skate ?
Je l’ai toujours vécu intensément à cause de mon handicap. Plus jeune on m’a souvent traité différemment «il ne peut pas faire ceci… il peut pas faire cela…», le skate, tout comme la musique, a été ma chance de prouver le contraire. J’y puise des vertus comme la persévérance, ou le respect. La reconnaissance n’émane pas de ma différence, mais elle est le fruit de mes capacités. Avant de se dire «tiens, c’est le mec à une seule main.», on pense «wah c’est le gars qui déchire sur sa planche.»

Que se passe-t-il en toi quand tu arrives sur un spot ?
Les idées affluent, je me projette déjà partout. Des images défilent clairement, elles ont déjà une couleur, un style. Avant mon approche du skate était «casse-gueule», maintenant je le fais pour l’esthétique. Je veux laisser une trace sur un spot, et embarquer un lot de bons souvenirs quand je rentre chez moi.

Décris-nous ton voyage musical?
J’ai commencé dans la rue, et aujourd’hui elle reste ma plus grande scène. J’y ai forgé mon quota d’expériences, j’ai pu expérimenter tout un panel de sentiments, de l’indifférence à la gratitude, en passant par le toxicomane qui décide de s’installer à mes côtés des heures durant. La musique est pour l’instant mon meilleur biais d’expression. Jouer pour les gens est subtil, quand un lien se crée, c’est l’épanouissement absolu. Le mois dernier, j’ai sorti mon single Sing Aloud. Grâce à lui, mon aventure se concrétise, fier de mon enregistrement je peux désormais avancer serein.

Quant à l’écriture ?
Elle est mon défouloir. A des situations auxquelles je ne trouve pas d’issues, je peux leur en donner une qui me convient. Par ailleurs, je ne vous cacherai pas mon profond romantisme. Les larmes me font sourire.

A quoi ressemblera le futur ?
Tout ceci étant assez nouveau, je cherche surtout à me faire accepter. Une grande partie de mes concerts m’ont été dénichés par mes auditeurs, c’est de leur faute si je fais de la musique. Imaginons que j’atteigne des hauteurs, je veux pouvoir amener tout le monde avec moi, car ça n’a aucun sens à mes yeux d’être seul. Je ne saurais comment vivre ce qui m’arrive sans le partager.

Alejandro est sponsorisé par Vans, Element, Mabasi & Doodah.

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