Tahiti

Tahiti

La matière à l’origine des rêves
Texte & image / Tosca Waeber

"L’ordinaire donne au monde sa substance, l’extraordinaire lui donne sa valeur." Oscar Wilde décrit ici ce que j’ai trouvé en arrivant à Tahiti, sur les îles polynésiennes, pour le tournage d’Addicted to Life, le film réalisé cette année par la Nuit de la Glisse.
Ces îles volcaniques du bout du monde représentent l’un des points d’orgue de mes longues années d’expérience en matière de voyage. Vous vous attendez maintenant certainement à ce que je vous parle de l’immensité incroyable de l’océan et des collines de rêve. En effet, il en sera question tout à l’heure ! Mais parlons d’abord des habitants. Ce sont eux qui rendent ces îles du Pacifique tout à fait uniques, très honnêtement ! Il est rare que des personnes soient aussi cordiales, sincères et accueillantes avec un sourire à faire fondre les murs de béton et la méfiance d’un Européen moyen, le ramenant ainsi à la valeur fondamentale de l’existence humaine. Les personnes ayant, dans leur propre chair, fait l’expérience de ce qui a peut-être l’air ici pompeux, peuvent le comprendre.
Départ de Suisse à destination de Tahiti. Trente heures et une multitude de visages étrangers plus tard, je descends de l’avion encore un peu hébétée. Le café et les fleurs de tiaré embaument l’air. Il est cinq heures du matin et, à l’horizon, une lueur argentée ne tarde pas à esquisser les contours pointus qui caractérisent les paysages volcaniques de Tahiti, créant ainsi cette apparition majestueuse. J’inspire l’air frais du matin et profite de l’accueil traditionnel accompagné de danses et de chants polynésiens. Le rêve devient réalité ! Bonjour Tahiti.

Morgane, de La Nuit de la Glisse, m’avait appelée seulement quelques jours auparavant : "Notre avion décolle dans trois jours. Tu viens ?" Et c’était parti ! Ma mission ? Accompagner l’équipe de La Nuit de la Glisse lors du tournage
d’Addicted to Life et saisir l’opportunité de jeter un œil dans les coulisses, faire des interviews et prendre des photos. Je suis vraiment très nerveuse car l’équipe de tournage qui m’attend a atteint un niveau de perfection comme j’en ai rarement vu en termes de films de sports extrêmes : de sacrées images en slow-motion, accompagnées de musiques émouvantes et d’histoires bouleversantes qui donnent la chair de poule pendant tout le film. À cette pensée, et après les nombreuses heures passées dans l’avion, un sourire encore un peu déconcerté se dessine sur mon visage.

L’équipe et les sportifs logent au Pearl Beach Resort, à Moorea. Un de ces endroits merveilleux dont les affiches publicitaires bordent normalement les rues d’Europe : des bungalows au toit de chaume sur pilotis avec un accès direct à la mer. Waouh ! Le rêve ! Ce morceau d’Atlantis sera ma réalité pendant cinq petits jours. Curieuse et impatiente, j’entre dans le décor du film. Ici aussi, rien ne se passe sans qu’il y ait une petite dose de stress. La batterie de la caméra est fichue, la pluie commence à tomber,
le boîtier étanche fuit… Je suis contente de voir que, même chez les pros, tout ne se passe pas toujours comme sur des roulettes. Heureusement, ils ont un fort penchant pour l’improvisation "à la perfection". Au cours des premiers jours, nous filmons les interviews de nos freesurfeurs Tikanui Smith et Tyler Larronde, ainsi que de superbes paysages à l'aide d'un drone. Avant de rentrer à Tahiti, nous filmons également la belle Tahitienne Aude Lionette en train de faire du paddle dans la baie de Cook. Nous arrivons à la dernière seconde pour prendre l’ultime ferry de la journée. C’est alors que nous observons le soleil rouge sang disparaître dans la mer et ses ombres écarlates se projeter sur la colline tropicale boisée de Moorea. Avec une moyenne d’âge d’environ 25 ans, nous formons une troupe de jeunes pas compliqués. Les plaisanteries et les bons dictons sont prévus d’avance et même le mahu un peu pompette, qui nous attend sur le toit du ferry en chantant déjà, fera partie de cette formidable aventure. Tahiti, nous sommes tellement impatients d’y être. Teahupoo, nous voici ! Au lever du soleil, tandis que nous patientons sur la passerelle et rassemblons l’équipement, l’ambiance électrique et la tension de l’équipe se font vraiment sentir. Le commandant Georges Riou nous accueille en arborant un large sourire alors que nous commençons à charger son bateau. À l’aller règne un silence de plomb. L’eau de la lagune est immobile et lisse comme un miroir. Pourtant, on entend de loin le fracas et le mugissement des vagues légendaires. Un bruit couvert par le battement de nos cœurs… ou bien peut-être simplement par le mien. On voit cela à la télévision et on pense déjà connaître la sensation qui s’empare de nous en découvrant cette vue, mais le vivre par soi-même est d’un tout autre niveau. La sensation que cette vague légendaire te procure – quand elle naît devant toi et roule pour former un mur, puis se transforme en tube majestueux en un éclair et vient heurter le récif – est tout simplement incroyable. Nous sommes en action douze heures par jour : nous filmons, nous photographions, nous nous étonnons. Et quoi de mieux que de pouvoir vivre ses instants en excellente compagnie ? Tika et Tyler se défoulent vraiment, Teahupoo est leur terrain de jeu. L’eau est limpide et reflète une palette complète de nuances bleues.

Malheureusement, le jour du départ approche déjà à grands pas. J’ai du mal à quitter cette petite troupe singulière en quête de l’instant parfait, de la beauté de la nature et des perles de la vie. Le cœur gros, je fais mes adieux et, déjà, je suis à nouveau assise dans l’avion d’Air Tahiti Nui – un collier traditionnel de coquillages
autour du cou et une fleur de tiaré glissée derrière l’oreille. Ils te montrent que tu es invitée à revenir quand tu le souhaites. Je n’y manquerai pas !

ADDICTED TO LIFE, 5 Décembre 2014, avant-première suisse, Pathé Balexert Genève

nuitdelaglisse.com

Capture d’écran 2014-11-28 à 14.39.19

[vimeo width="600" height="338"]https://vimeo.com/107799958[/vimeo]