Eddie Vedder

Eddie Vedder

Text / Tosca Waeber

CHANTEUR ET COMPOSITEUR DE PEARL JEAM, EDDIE VEDDER A ÉCRIT DEPUIS DES ANNÉES UNE PART DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE. LES PAROLES DE CET HOMME AUX YEUX BLEUS PROFONDS FONT RÉFLÉCHIR DES GÉNÉRATIONS ENTIÈRES. C’EST D’AILLEURS QUAND QU’IL SURFE QU’IL PUISE L’INSPIRATION POUR SON ART. AINSI SONT NÉES, DANS LES OCÉANS DU MONDE, LES CHANSONS QUI SILLONNENT NOS ESPRITS.


L’océan pour médium de l’inspiration artistique. Une imagination des plus romantiques. Mais soyons honnêtes. Nous aussi, backpackers, aventuriers de notre temps, nous qui avons scellé un pacte intemporel avec l’eau, expérimentons la forme la plus aiguë de bonheur et d’exaltation avec la mer. N’est-ce pas? Ne ressens-tu pas aussi cette sensation, quand la brise de mer te caresse le visage, quand le ronronnement des vagues te transcende dans un état méditatif, quand le regard perdu à l’horizon éveille en toi une satisfaction profonde? Des idées, des histoires farfelues naissent en nous grâce à la simple présence de l’eau salée, muse de l’inspi- ration. Les textes d’Eddie Vedder vont au cœur de cette même es- sence. La connexion profonde du monde s’uniformise avec le tout. Car, quand les vagues t’emportent avec légèreté dans l’état éthéré de l’être, la créativité devient instinctive. «Ce qui est beau dans le surf, c’est de rester continuellement connecté avec sa jeunesse. On n’a pas l’impression de vieillir.» La vague comme drogue ultime...

Pourquoi pas? Pour son ami Kelly Slater, les choses doivent être assez similaires – c’est d’ailleurs lui qu’Eddie retrouve régulière- ment au line-up ou lors d’une jam session. Il nous conte l’essence de cette amitié : «Si tu es là-haut, dans les nuages, sur cette échelle qui ne mène nulle part et qui s’arrête au ciel, avec personne aux alentours, si tu regardes autour et tu vois un type sur une autre échelle, à 100 mètres, tu lui fais signe, comme pour dire "Hey mec, tout va bien? Tout roule? Tu restes là ou tu aimerais descendre? Descendons. Allons surfer. Allons jouer."». Quand j’ai découvert Pearl Jam, ce fut un coup de foudre. Dans un magasin vintage de Nouvelle-Zélande, il y a quelques années, j’ai dégoté le CD Live On Two Legs. A peine quelques morceaux après, il était déjà la bande-son de mes voyages. Quand, en 2007, sortait un nouvel album solo d’Eddie, et B.O. du film Into The Wild, j’étais aux anges. Je me rappelle avoir gardé le silence pendant une heure après avoir quitté le cinéma. J’étais transcendée. J’avais
le sentiment de devoir m’évader, de devoir partir à l’aventure et changer le monde. D’après moi, c’est ce genre d’émotions qui vont de pair avec la bonne musique. Il faut ressentir les notes, les contempler, les laisser nous toucher ou nous foudroyer. Loin de cette vibration, la musique est devenue un bien de consommation courante, maîtrisé par le monde numérique et le progrès industriel. La masse la consomme plutôt que la vivre. Tellement de textes éphémères et superficiels, tellement de mélodies s’es- tompent dans nos radios! Rappelle-toi ces jours où la musique changeait ta
vision du monde et inf luençait ton engagement politique, rap- pelle-toi quand elle te poussait à réf léchir, à te poser des questions. Ces moments se perdent parfois dans de lointains souvenirs. Pearl Jam et l’album solo d’Eddie Vedder Into The Wild me rappellent encore le sens de ce qui est invisible à l’œil. Les histoires, les personnes qui croisent ton chemin ne sont pas là par hasard. Avec sa musique je ne suis jamais seule quand je voyage et, dans le train de la vie, elle me lie à l’instant présent. Sans elle, ce serait impensable. Qui pourrait mieux nous accompa- gner dans nos aventures, sur les chemins sans fin de notre terre, jusqu’au bout du dernier rayon d’un coucher de soleil si ce n’est Eddie et sa musique?