Maurice Rebeix

Maurice Rebeix

Texte & Image / Vanessa Beucher

Photographe français installé depuis longtemps sur la Côte basque et sillonnant le monde avec ses boîtiers, Maurice Rebeix a su créer au fil du temps une œuvre forte et cohérente, qui se situe en-dehors des modes et dont le fil conducteur est la valeur donnée à l’acte photographique et à la rencontre.
La lumière est splendide en cette matinée de début de printemps sur Anglet : on ressent pleinement la transition entre la fin d’un hiver assez clément et le renouveau de la végétation. La première chose qui frappe en rencontrant Maurice Rebeix est son timbre de voix grave et l’art qu’il a de choisir ses mots avec précision : le superflu est laissé de côté et on va directement à l’essentiel. Maurice a toujours accordé une importance fondamentale à sa démarche photographique : une fréquente utilisation du noir et blanc, souvent argentique, car on est plus exigeant avec soi-même lorsqu’on ne voit pas le résultat immédiatement, des boîtiers mythiques comme le Leica ou le Hasselblad XPan. «Photographier, c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur» : cette citation célèbre du photographe français Henri Cartier-Bresson résume pour lui à merveille la dimension humaine dans le fait de faire des images. C’est cette orientation humaniste dans la photographie que l’on ressent dans le travail qu’il a développé en relation avec la culture du surf à Hawaii. Il s’est rendu à de nombreuses reprises dans cet archipel depuis une trentaine d’années et les grands noms du surf, de Buffalo Keaulana à Andy Irons, de Darrick Doerner à Kelly Slater sont passés devant son objectif.
Maurice n’a jamais oublié de considérer le surf dans sa dimension culturelle et a voulu photographier les Hawaiiens tels qu’ils sont, avec le très fort système de valeurs qu’ils attachent à la communauté ou ohana en hawaiien. Les membres d’une même famille ou clan sont profondément liés les uns aux autres, ils se doivent entraide et également d’entretenir le souvenir de chacun. Ses images vont au-delà du sport de glisse en lui-même pour nous emmener dans la relation spirituelle avec l’océan, l’humilité développée face aux houles puissantes qui déferlent sur le fameux North Shore et autres spots en hiver. En 1993, un premier livre naît du fruit de ce travail photographique, Hawaii, Aloha, Surf et Traditions, qui explore en profondeur ce sport fascinant qui est en fait une façon de vivre à part entière. Fraîchement revenu d’un périple hivernal à Hawaii (entre autres pour collaborer au lancement
d’UpSession, une application de réseau social d’un type nouveau qui a pour but de créer des communautés d’intérêts autour du sport notamment), il raconte en détails le déroulement du Buffalo Big Board Classic à Makaha : tous types de planches étaient à l’eau, notamment les fameux alaias, surfs épurés en bois comme ceux sur lesquels les Polynésiens ont commencé à pratiquer ce sport. Certains Hawaiiens étaient même vêtus de malos ou pagnes, comme dans les premiers temps, ce qui montre une évidente renaissance culturelle.
Sa profonde amitié née d’une rencontre vieille de plus de vingt ans avec une tribu d’Indiens Lakotas s’inscrit également dans cette attitude. Parti dans un premier temps pour explorer un monde qui l’attirait par son système de valeurs radicalement différent du nôtre, il doutait de pouvoir faire facilement des images mais ce n’est pas ce qui était le plus important pour lui au début. «Là-bas, tu es l’homme blanc, le représentant d’une minorité sur la réserve» : c’est ce renversement total, ce changement de civilisation qui a eu un profond impact sur lui. Les Indiens ont un sens très fort de la photographie, faire un portrait d’eux revient en quelque sorte à capturer leur esprit. On comprend alors leur regard très intense et leur attitude solennelle sur les images, ils ont conscience que le portrait qui sera fait d’eux leur survivra. Au fur et à mesure, avec du temps et de la patience, et le fait d’y retourner année après année, des liens solides se nouent et Maurice construit un vrai travail photographique autour de cette réserve et de ses habitants. Un livre voit le jour : Rêveurs de Tonnerre, et il se retrouve aujourd’hui convié à faire des photos d’événements familiaux, ce qui est un privilège rare pour quelqu’un d’étranger à la communauté.
Maurice conçoit son travail comme non seulement un art de la capture de l’instant mais aussi de la transmission. Ses images des Lakotas figent pour les générations à venir des instants précieux d’une culture, de ses rituels et de ses espoirs mêlés d’inquiétude face à un avenir incertain.
C’est finalement cette valeur de la bienveillance vis-à-vis des lieux et des personnes croisées sur son chemin qui a été le moteur du travail photographique de Maurice Rebeix.
«Des êtres, des endroits, des instants, la photographie a le pouvoir d’aller au-delà de la surface des choses. Et bien plus qu’une profession, elle est une manière de vivre qui m’a permis de faire des rencontres essentielles. Celle de la communauté du surf à Hawaii, celle aussi du monde indien quand, croyant simplement venir témoigner de la difficile existence des Lakotas sur leur réserve, je me retrouve, des années plus tard, touché en profondeur par leur compréhension spirituelle de la vie. La photographie m’a été un don du destin, un signe… Je lui en suis reconnaissant.»

mauricerebeix.com