The Californian Paradox

The Californian Paradox

Text and Photos by Kévin Métallier

LA CALIFORNIE EST AU SKATEBOARD CE QUE LE MOUTON EST AU KEBAB OU CE QUE LES POIS-CHICHES SONT AUX FALAFELS (POUR LES VÉGÉTARIENS D’ENTRE VOUS). EN UN MOT : INDISSOCIABLES. UN PÈLERINAGE À TRAVERS LE GOLDEN STATE EST TOUJOURS UNE EXPÉRIENCE INTENSE ET RICHE EN ÉMOTIONS POUR TOUS LES AMOUREUX DE PLANCHE À ROULETTES ET DE SA CULTURE FLORISSANTE. EN D’AUTRES TERMES, C’EST UN PEU COMME SE RETROUVER À LA MECQUE POUR UN MUSULMAN, SAUF QUE DANS LE CAS PRÉSENT CE SONT LES CURBS ANTI-SKATES DE PIER 7 QUI FONT OFFICE DE LIEU DE RECUEILLEMENT ET, QUE VOUS N’AVEZ PAS L’OBLIGATION D’ENLEVER VOS POMPES UNE FOIS SUR PLACE... SI LA CALIFORNIE CONTINUE DE FAIRE FANTASMER ET D’INFLUENCER NOMBRE DE SKATEURS ET D’ARTISTES AUX QUATRE COINS DE LA PLANÈTE, LE RÊVE AMÉRICAIN N’EST PLUS, POUR SA PART, AU TOP DE SA FORME... IL SERAIT MÊME PAR ENDROIT À DEUX DOIGTS DE VIRER AU CAUCHEMAR... MADE IN USA!


Finance et décadence...
Plus d’un siècle et demi s’est écoulé. Les Indiens sont désor- mais à peu près aussi nombreux dans le quartier que les patrons du CAC 40 à un meeting de Jean-Luc Mélenchon. San Francisco est devenu le principal centre financier de la Côte pacifique et demeure parmi les 20 villes les plus riches du monde. À l’heure où la crise semble avoir obtenu un permis de séjour longue durée sur notre Vieux Continent, ça laisse son- geur... En outre, la métropole est réputée pour ses universités prestigieuses comme Berkeley ou Stanford et pour son pôle de hautes technologies, la fameuse Silicon Valley, devenu le plus important du pays où siègent de nombreuses sociétés comme Apple, Facebook, Google, Intel... Mais SF se démarque aussi et surtout par sa culture alternative, foyer du mouvement hippie dans les années soixante et septante, et berceau de la défense des droits des homosexuels. Une ville de tolérance et d’ouver- ture où il fait bon vivre (les indiens auraient sûrement kiffé à l’époque mais... trop tard!). Enfin si on y regarde de plus près, le tableau n’est pas aussi impeccable qu’il y paraît. Pour le coup, je dirais même qu’on est loin de la toile de maître... La ville épicentre de la révolution psychédélique dans les années soixante doit aujourd’hui faire face à de nombreux problèmes de taille, parmi lesquels la forte recrudescence de consommation de drogues comme la méthamphétamine qui envahit les rues de la cité et fait de véritables ravages. Si cer- tains ont coutume de dire que dans le cochon tout est bon, ce n’est pas exactement le cas pour cette drogue de synthèse dans laquelle on retrouve des ingrédients aussi improbables que du mercure provenant de piles, des solvants industriels, du liquide vaisselle, de l’antigel ou encore des produits chimiques hautement toxiques... Pour résumer, la crystal meth c’est un peu la salade bio du toxico. Face à ce fléau, les pouvoirs publics semblent particulièrement impuissants. Le quartier du Tenderloin en est la parfaite illustration. Situé en plein cœur du centre-ville, à quelques blocs à peine d’Union Square et de ses enseignes de luxe, il est le point d’ancrage de tous les laissés pour compte de l’Amérique. Sans-abris, crack-heads, prostitués, schizophrènes et autres malades mentaux errent tels des zombies sur les trottoirs à longueur de journée. Un spectacle saisissant, digne de scènes extraites de la série The Walking Dead, à la différence près qu’ici tout est bien réel. Le choc est aussi radical qu’une bonne tranche sur dix marches!

Entertainment et anciens combattants...
Bon allez, sur ce vous reprendrez bien une part de ghetto? À environ 600 kilomètres au sud, l’agglomération de Los Angeles (deuxième centre urbain des États-Unis) vous ouvre ses portes.
Considérée comme la capitale mondiale du divertissement,
elle n’a de cesse de fasciner – avec ses stars et ses paillettes, les studios d’Hollywood, Sunset Boulevard et sa vie nocturne sulfureuse, les boutiques de luxes de Beverly Hills, les plages de Venice ou encore les villas des célébrités de Malibu... C’est aussi et surtout en ce qui nous concerne, le berceau de la culture du skate moderne qui explosera avec l’invention de la roue en uréthane au début des années septante et qui se répandra comme une traînée de poudre à travers tout le pays avant d’atteindre l’Europe. Ils sont vraiment très forts ces Californiens! Aujourd’hui encore, la majeure partie des stars du skateboard international a élu domicile à LA et dans ses alentours. The place to be, baby! Mais la Cité des Anges ne saurait se résumer au Walk of Fame, aux soirées people et aux blondes peroxydées à la plastique de rêve directement sorties des cabinets de chirurgie esthétique... Non, Los Angeles rime aussi avec homeless et rottenness. J’aurais pu choisir noblesse et herpès mais ça fonctionnait moins bien pour le coup... Le quartier de Skid Row, situé à deux pas des tours en verre de downtown, en est un parfait exemple. Près de 5’000 sans-abris, dont beaucoup d’anciens combattants, s’entassent et tentent de survivre dans la rue. Exit les bobos végétariens et les hipsters montés sur fixie, ici on vit dans des tentes avec le trottoir en guise de terrasse et des caddies en guise de valises. Une autre réalité californienne qui passé l’angle de la 6e rue vous saute à la gorge comme un clébard enragé. Là encore, ça fait un peu tâche dans le décor aseptisé californien où la législation vous interdit de boire ostensiblement une bière dans la rue, de fumer à moins de 6 mètres des portes et fenêtres d’un bâti- ment public, ou encore plus fort (mais tout aussi sérieux), de nettoyer votre voiture avec des sous-vêtements usagés! Bon je vous épargne le couplet sur les armes à feu parce que là on nage véritablement en plein délire...

Épilogue...
La Californie est une sorte de diamant brut aussi fascinant que tranchant, où mercantilisme et consumérisme atteignent leur paroxysme, où une star de cinéma avec le QI d’une huître peut devenir gouverneur, où rien n’est impossible mais où tout est interdit et où la liberté choisit ses cibles... Merde, avec toutes ces conneries j’ai oublié de vous parler de planche à roulettes... En même temps y a-t-il quelque chose que vous ne saviez pas déjà sur le skateboard en Californie?