JACK MITRANI & DANNY DAVIS

Please meet…
Texte Corinne Tâche-Berther – Photos Cole Barash, Adam Moran
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Ils vivent l’instant à chaque moment. En hiver, ils voyagent avec leurs planches et guitares aux contests les plus en vogue du circuit mondial. Et pendant leur été, entre camping, skate, promener leur chien et la musique, les pro-rideurs et co-fondateurs de Frends, Danny Davis et Jack Mitrani, organisent «Frendly Gathering», par pur plaisir de se connecter et d’être.
Nous rencontrons les deux cracks au Burton European Open, enchantés de la deuxième place de Danny. Son style souple et fluide a su enthousiasmer tout le public. En plus, ces gars sont tellement Frendly, qu’ils portent très bien le nom de leur événement. Pour cette interview, ils nous ont invité dans leur garçonnière au Rock Resort, entourés de boardbags, planches, shoes, un tas de vieille vaisselle et des bouteilles de bière vides. Ils la partagent avec leur team manager, ami et photographe, Adam Moran. Jack à la guitare et Danny dans son échauffement pour la fête du samedi soir.

Parlez-nous de votre événement «Frendly Gathering».
Danny : «Frendly Gathering» rassemble les gens dans une atmosphère décontractée, pour chiller, écouter la musique, camper et faire la fête. Il y règne un vibe pacifique. Il n’y a pas de groupes hardcores avec leurs champignons magiques et ce n’est pas non plus l’endroit approprié pour les bagarres. En fait, c’est un événement plutôt hippy… Pour des Hippies avec une attitude. (Rires). Bien sûr que cela nous fait penser aux débuts de Woodstock : «Je souhaiterais que cet événement rassemble des millions de personnes».
Jack : «C’est tellement un rafraîchissement pour l’âme» (ajoute-t-il en fredonnant).

Danny, tu voyages un mois durant l’été avec tes deux chiens, une dame pitbull mélangée et un mâle loup irlandais, de Mount Hood au Colorado.
Danny : Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir prendre mes chiens dans l’avion. Mais je me sens à l’aise dans le camping car, j’y suis comme à la maison.

Suivez vous l’actualité mondiale ?
Jack : Pas vraiment, je sais que le monde se trouve dans une crise économique et que notre pays va mal, mais cela fait maintenant deux ans que je n’ai pas allumé une télévision.
Danny : Ma mère m’envoie des rapports concernant les élections, mais je préfère largement le snowboard aux préoccupations des médias. Je n’ai pas ouvert de journaux depuis des lustres. Je respecte ceux qui les lisent, pour ma part je fais juste un choix, et je choisis la passion. Quoi qu’il arrive, il y aura toujours le bien et le mal. Heureusement que le bien gagne toujours. Les USA sont un bon endroit pour vivre, j’y fais ce que je veux et ce que j’aime, ce qui est plutôt difficile avec un job 9.00-17.00 h.
Jack : Je ne peux pas lire le journal.
Danny : Je suis POUR l’école de la vie.
Jack : Oui clairement, mais tout le monde n’a pas la chance de parcourir le monde et pouvoir vivre de sponsors. Tous nos amis qui étudient se réjouissent d’entendre nos histoires. Nous avons une chance folle.
Danny : T’as entièrement raison, nous le prenons pour acquis. À chaque fois que j’envoie une image de mon quotidien à ma mère, elle me répond que ça a illuminé sa journée.

À quoi ressemblerait votre société parfaite ?
Jack : Un monde où tout le monde se respecterait, et où l’on se traiterait comme l’on voudrait que l’on nous traite. Je suis allergique aux piétons qui ne lèvent pas la tête quand je m’arrête pour eux, et de cette attitude californienne quand on fait un signe à quelqu’un, il s’imagine «C’est quoi son problème?».
Danny : Les gens ne pensent qu’à eux et cela contribue à rendre le monde plus avare et corrompu qu’il ne l’est déjà. Donc je pense qu’il faut être plus à l’écoute, et présent pour les autres, aussi envers les inconnus.

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Parle nous de ton frère Luke Mitrani qui est d’après toi la personne BE ! par excellence.
Jack : Mon frère et Mikkel Bang, en voilà deux pour qui la société est secondaire, ils ne doivent même pas connaître le nom de notre président. Ils vivent simplement leur truc, ils jouissent de la vie, rigolent et cela leur suffit.
J&D : Pour notre part, nous vivons encore à l’intérieur de cette société, et parfois nous aimerions que les choses se passent autrement.
Danny : Un jour, j’aurai mon propre ranch, des champs, un bowl, une femme, ma production et des animaux. Et je me trouverai à deux pas de la glisse en hiver. Ainsi, je vivrai en marge.
Jack : Pour ma part, j’aimerais partir au Kansas, avec leurs champs de maïs, leurs maïs burgers et du maïs en général.
Danny : Bien évidemment je change fréquemment d’avis…
Jack : Nous vivons déjà l’instant par notre impulsivité. Les désirs qui se manifestent dans de tels moments se concrétisent vite.

Quels sont vos problèmes ?
Jack : J’ai peur des montagnes russes, je sauterais de préférence dehors.
Danny : J’ai peur de l’herpès qui m’a été diagnostiqué mais qui ne s’est encore jamais montré. J’ai aussi de la peine à me projeter longtemps en avant.
Jack : J’ai aussi cet instinct de productivité, de croire que je dois toujours être actif, au lieu de me relaxer et de prendre le temps.
Danny : Dernièrement je me suis senti nerveux lors des compèt’. Cela ne m’était encore jamais arrivé. Le niveau est simplement violent et la pression grandissante si tu veux être au top. Il existe de plus en plus de tricks qui ne procurent aucun plaisir et qui demandent des heures de travail pour leur donner un style personnel. Qui s’occupe de mes chiens est aussi un problème pour moi. Aujourd’hui, si j’ai deux semaines de libre, je les passe simplement à la maison avec eux, plutôt que d’aller en Égypte ou à l’étranger. En gros j’ai peu de problèmes. Un autre de mes problèmes est mes dread-locks, parce qu’en fait, je ne les veux plus. Sinon il y a aussi ma copine qui vit très loin, avec qui on se dispute toujours pour savoir qui rejoint qui. Ou mes colocataires paresseux qui se traînent. Par chance j’ai ma mère qui m’aide et me sert de mentor.
Jack : Si je peux conseiller quelque chose, ce serait de ne pas faire d’affaires avec son meilleur ami. Quand l’argent entre en jeu, les relations peuvent devenir difficiles, même si on a tout vécu ensemble et que les cœurs ont fusionné. En business, on découvre les intentions de l’autre et d’un seul coup, l’avarice pointe son nez au milieu de l’amitié.
Danny : Wah cela me rappelle une séance de thérapie. La thérapeute m’a fait m’allonger et s’est assise derrière moi. Je lui ai dit que je préférais les face à face, c’était une bonne conversation, chère mais bonne (Rires).

Racontez-nous comment vous avez vécu l’histoire de Kevin.
Jack : Auparavant il était notre frère aîné, à présent il est devenu notre cadet. C’est à notre tour de prendre soin de lui.
Danny : Il a dû réapprendre à marcher, lire, tout ça… Quelque fois il m’est arrivé de lui en vouloir, mais aujourd’hui nous avons ridé ensemble. J’ai fait un ollie et juste après il l’a enchaîné à son tour, pur.
Jack : Kevin est un battant. Ce qu’il veut faire, il l’accomplit. Il est la personne la plus déterminée que je connaisse.
Danny : Une fois il a sorti spontanément à une serveuse rude: «Ça ne va pas ? Vous êtes malpolie !» À cause de sa lésion cérébrale, ce que l’on pense, il le dit à voix haute. Autrement il n’arrête pas d’inspirer tout Tahoe. Il s’entraîne sans cesse, avec une envie constante de progrès, mais il lui reste un long chemin jusqu’à poser des cab5 ou des rails.

Merci pour le rêve que vous nous offrez et bon «Frendly Gathering».
You guys rock  !