SILENT SEAS

Whale song could soon be no more
Texte Gemma Freeman, de l’anglais par Ismael Tlili – Photo Shutterstock
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Nos océans deviennent muets. Les oiseaux marins, les baleines se volatilisent de la carte des mers, chassés par ceux qui contournent les lois sensées les protéger, pour assouvir les besoins d’une humanité insatiable. Empoisonnés par une pollution croissante, nos carburants et affamés par l’annihilation des fonds marins. Sans citer les conséquences du réchauffement climatique, le chant des baleines pourrait bientôt ne plus être qu’un souvenir.
Les baleines à bosse sont une espèce connue pour faire résonner leur «voix». Un panel de différents sons comparables à la musique humaine. Les cris font échos à travers les vêlages des profondeurs, seul endroit où les mâles chantent durant la saison des amours. Ils communiquent, à travers leurs clics, aux femelles, à quels points ils sont les partenaires parfaits. Chaque séquence identifie un être en tant qu’individu auprès d’un groupe.

La vérité en nombre
La population de baleines bleues n’atteint aujourd’hui qu’un pour cent de son niveau originel. Et bien qu’elle soit considérée comme une espèce protégée depuis 40 ans, la baleine grise du Pacifique est la plus en danger. Avec ses 100 ressortissants, elle frôle l’extinction. Au début du 19e siècle, les baleines à bosse comptaient 100’000 représentantes, à présent elles sont moins de 20’000.

Tricherie et pillage
La pêche commerciale reste la plus grande menace, bien qu’elle ait été abolie depuis 25 ans. Son impact est plus fort que jamais et les commissions de protection se retrouvent impuissantes. Cette pratique barbare absolue se fait simplement ignorer par bien des nations et légalement ! Premièrement si un pays s’oppose au moratoire annuel, il se retrouve exempté sous 90 jours, exemple de la Norvège. Deuxièmement, ils peuvent se voir fournir des dérogations de pêche pour des raisons scientifiques, ce qui veut dire chasse ouverte à n’importe quel individu et espèce, au nom de la recherche. Cependant, ces prises sont tout de même revendues pour la consommation et plus particulièrement à l’archipel japonais. L’unique solution pour arrêter ces contournements flagrants et irrespectueux est un système législatif global et une vraie répression.

Excès de poissons en mer ?
Mis à part nos exploits et la menace pesant sur les baleines, notre appétit croissant de poisson nous conduit à une utilisation industrielle de nos océans. Cela ayant pour cause de créer une dégradation massive de la faune et de la flore aquatique mondiale. Cela a aussi l’effet d’agrandir la menace qui pèse sur nos têtes. L’habitat naturel marin ne pouvant se régénérer, nous sommes voués à épuiser nos ressources.

Déchets toxiques
La pollution est un autre danger pour les cétacés. Au bas de la pyramide alimentaire marine on trouve les planctons qui digèrent toutes sortes de produits toxiques issus de l’industrie. Ces planctons sont à leur tour la nourriture de plus gros poissons, qui eux aussi finiront par être dévorés. Ces particules étrangères stockées se retrouveront dans les tissus d’animaux plus gros en s’accumulant, et ce à travers toute la chaîne. Ces toxines emmagasinées dans les graisses n’ont pas de durée de vie limitée, y compris après la mort de l’individu. Elles seront aussi transmises aux nouveau-nés. Ce qui veux dire qu’à l’aube de leur vie leur quota sera déjà entamé. Cela n’est pas uniquement une fatalité pour les baleines. Un mâle a été découvert avec tellement de déchets en lui qu’il a été considéré comme déchet toxique, ce qui ne l’a cependant pas empêché d’être mangé (par l’homme).
L’industrie pétrolière fait peser une autre menace sur les cétacés, du fait qu’ils pompent de plus en plus profondément dans les nappes et fragilisent les fonds marins. Et cela ajouté à leur manière écologique de dégraisser leurs cales au large.

Réchauffement climatique
Ses effets sont multiples et représentent un danger global. La couche de glace s’amoindrissant, les narvals, les baleines boréales et les bélougas perdent leur habitat polaire. Dû à l’abondance des pluies et à la fonte de la calotte, le niveau salin des mers diminue, ce qui affectera d’autant plus les ressources en nourriture marine. Les krills disparaîtront du fait qu’ils dépendent de la glace pour leur survie. Globalement le taux d’acidité des océans augmente aussi, cela étant l’effet de l’absorption du surplus de carbone dans l’air. Toutes ces raisons ne font pas pencher la balance du bon côté pour la survie des écosystèmes, et leurs effets restent encore méconnus.

Le futur est sombre pour ces géants aquatiques, mais il reste des moyens d’entretenir l’espoir.

Supportons des groupes comme Surfers For Cetaceans et Sea Shepherd qui se retrouvent en première ligne. Ces organisations fournissent d’énormes efforts en combattant activement la surpêche. Elles font une réelle différence dans cette lutte contre des pratiques inhumaines.

Pensons aussi au poisson que nous mangeons, sa provenance et les conditions de sa prise. Coupons notre empreinte carbone. Le changement climatique peut sembler une cause perdue, mais il devrait attirer plus fortement notre attention que l’économie. Réduisons, réutilisons et recyclons. Minimisons nos déplacements, mangeons moins de viande, allons à l’essentiel. Et surtout continuons de faire pression sur les gouvernements et l’industrie concernant le CO2.
Finalement, soutenons les sanctuaires pour baleines, où leur pêche est interdite et les espèces protégées. Le premier, le sanctuaire indien, s’étend entre l’Afrique, l’Inde et l’Australie et a été érigé en 1979. Celui des mers du sud entoure l’antarctique et a pris place en 1994. Depuis ses origines le Japon se joue des règles et souvent sous couvert d’intentions scientifiques, continue son pillage.
L’Australie a rendu illégal toute atteinte à un cétacé. Un troisième sanctuaire est sur le point de voir le jour en Amérique Latine, jusqu’à présent freiné par certains gouvernements. Après dix ans de polémique, 2012 serait l’année où il pourrait enfin voir le jour. Pour terminer, le Pacifique Sud serait en discussion à propos d’un éventuel quatrième.

Gardons la pression sur nos élus pour trouver une issue à cette pratique, pour combattre le dérèglement climatique et la pollution. Consommons durablement. En oeuvrant ensemble nous pouvons aider à garder la musique des profondeurs en vie, sinon organisons un requiem funèbre pour cette chorale marine.

s4cglobal.org
seashepherd.org